#MeToo, ou mes remerciements à une bande de salauds

visite de la région de l'Istrie en Croatie

Depuis quelques jours, je vois défiler sur les réseaux sociaux de sinistres expériences de harcèlement sexuel, estampillées du hashtag #METOO. Le plus attristant est qu’en France comme ailleurs, aucune femme ne semble en être épargnée.

Si vous suivez mon blog depuis longtemps, vous savez que j’attache une importance particulière à la confiance que je porte envers le genre humain. Je brandis toujours avec passion des valeurs d’amour et d’optimisme. Pourtant, durant mes quatre années de tour du monde, j’ai connu plus d’une fois des mésaventures qui m’ont glacé le sang. Voici certaines d’entre elles, assez mesurées comparées à celles que j’ai pu lire dernièrement sur le net. En espérant que s’il reste une part d’humanité à ces nombreux salauds, ils réfléchiront à deux fois avant de recommencer : optimisme, quand tu nous tiens…

L’une des premières désillusions que vous, salauds, m’avez fait vivre sur la route, fut cette fois où, dans la grande banlieue de Kuala Lumpur, après que j’aie déguerpi d’une voiture sous les menaces grandissantes de deux armoires à glace, vous m’avez chargée à votre bord, et avez insisté pour me conduire dans votre lit. Deux bagnoles de suite, j’avais tiré le jackpot.

Sous mon refus persistant, avec vos mines égrillardes, vous avez refusé de me laisser descendre et j’ai prié pour que, de façon providentielle, un feu de circulation vire au rouge. Mon vœu exaucé, j’ai agrippé la bretelle de mon sac et j’ai sauté. Vous, bande de salauds, n’avez  rien dérobé de plus qu’un peu de ma foi en l’être humain, mais cette part précieuse d’innocence, de confiance et d’amour aveugle que vous vous êtes appropriée sans en avoir le droit s’abîmera à jamais et en vain dans vos deux crânes étriqués.

auto-stop en malaisie
Traversée de la Malaisie en stop, pour le meilleur et le pire !

Quant à vous autres, salauds de cinq à sept, qui ne me prenez en auto-stop que dans l’espoir de me faire écarter les jambes, comprenez-vous ce qui est pire ? Ce n’est pas l’appréhension qui me prend à la gorge à la vue de vos regards grivois, cette boule qui me serre l’estomac rien qu’à l’idée que vous puissiez associer les actes à la parole, ni le contact de vos paluches promeneuses et bourrues qui s’égarent subrepticement le long de mes cuisses. Non, laissez-moi vous dire que le pire, ce sont ces désillusions sur l’Homme qui m’atteignent en pleine face et me pèsent sur le cœur.

Parce que, croyez-le ou non, mais pour ma part, je me réjouissais de partager avec vous un brin de conversation, d’en connaître un peu plus sur vos vies si différentes de la mienne, et pourquoi pas de percer certains de vos secrets. Vous, qui ne cherchez pas même à savoir d’où je viens, m’ôtez alors les mots de la bouche, me laissant désenchantée, sur le bord de la route.

J’ai beau revêtir des guenilles à trois sous, expliquer que je souhaite rester vierge jusqu’au mariage, ou prétendre être l’épouse d’un charmant mari, je ne suis à vos yeux qu’une occidentale de passage, une marionnette articulée conciliante et débauchée, dépourvue d’âme.

vie de nomade
Le Laos en stop : au moins à l’arrière, personne ne m’embête ! / Crédits @Macadam Pixels

Et puis il y a eu ce jour où, en Inde, dans les rues pourtant sacrées de Varanasi où tu as si souvent prié, toi, si bien mis, tiré à quatre épingles et cependant salaud comme pas deux, tu m’as poliment serré la main, avant d’empoigner si fermement mon sein gauche de ta poigne de mufle, que mon cerveau a marqué un temps d’arrêt. Hors de contrôle, après t’avoir collé la beigne de ta vie, lancée furieusement et sans réfléchir, sais-tu ce qui m’a inquiétée ?

J’ai pris peur, pas peur de toi bien sûr, tu faisais peine à voir tu sais, avec ton petit rictus au coin de la bouche qui hésitait entre sourire et grincer des dents ; non en fait, j’ai pris peur que l’attroupement qui s’était formé autour de nous ne s’en prenne à moi, pour avoir osé te remettre à ta place.

Le cœur emballé, j’ai pris les jambes à mon cou et j’ai couru rejoindre mes potes qui m’avaient devancée. Cinq petites minutes de solitude seulement, et tu t’es jeté sur l’occasion tel un fauve mourant de faim, à qui l’on présente de la viande fraîche et saignante, c’était cela cette flamme dans tes yeux hein ? Peloter des nichons de blanche, c’était ton truc non ? Pourtant, alors que je haletais encore tout en dévoilant ton obscénité à ma bande, toi, humilié mais surtout stupéfait, ton fantasme encore dégoulinant des lèvres, tu es resté figé, couillon et hagard. Enfin, tu me diras, ce n’est rien comparé à cet autre qui s’est tripoté durant ma traversée de l’Iran en auto-stop, avant de m’arracher mon voile. Toi, tu t’es contrôlé, c’est ça ?

tout quitter pour changer de vie
Heureusement, les gamins eux, montrent patte blanche

Mais ces histoires ordurières ne sont rien comparées à celles du cœur. S’il est un salaud qui m’a plus que d’autres comprimé la poitrine, ce n’est pas celui-même qui s’y est précipité. Non, c’était toi Blas, l’argentino d’East London, qui après m’avoir criblé les yeux de promesses, offert l’Afrique sur un plateau d’argent, enlacée sous une averse torrentielle puis embrassée sous une pluie d’étoiles filantes, joué des sérénades mélancoliques sous le crépuscule de ce soleil rubis, et accessoirement sautée deux mois durant à l’arrière de ton Pajero, tu m’as traînée dans la boue en enfouissant dans mon sac à dos ces 500$ puant l’arrogance et le mépris, ce sale fric faisant de moi ta catin.

Ouvrant ton enveloppe le cœur palpitant, émoustillée à l’idée de lire une autre de tes déclarations, tu m’as alors blessée et abandonnée comme un animal meurtri, corrompant irréversiblement mon estime et ma dignité.

Moisissant dans mon cabanon malgache, me repassant le fil de notre amour de voyage évanoui, de notre romance avortée, de nos serments violés ; trahie et stupéfaite face à ce pognon balancé au vent, je n’ai eu pendant plusieurs semaines que ce mot en tête : le salaud, il a fait de moi sa putain.

me too
Elle avait pourtant de la gueule, notre virée en 4×4 à travers l’Afrique Australe

Pourtant, à vous tous et à ce que je n’ai pas cités, oui à vous tous gros salauds que vous êtes, je ne dirai qu’un mot : merci.

Merci, merci cent fois d’avoir contribué à faire de moi ce que je suis devenue aujourd’hui, me permettant de continuer à prendre la route avec sérénité. Merci de m’avoir fait grandir, quittant avec retard mon petit monde enfantin ; merci d’avoir apporté votre pierre à l’édifice de cette confiance en moi qui me faisait défaut ; merci de m’avoir rendue mille fois plus reconnaissante envers ces belles personnes que je continue de rencontrer ; merci de vous être montrés si minables, qu’en comparaison je me sens être une personne formidable ; merci d’avoir développé mon sixième sens, cette part d’instinct animal qui ne me quitte plus et me rend plus forte ; merci de toutes vos bassesses, aujourd’hui j’en ris, j’en ris à gorge déployée ; merci d’avoir eu honte, quelle jouissance d’avoir souillé vos yeux de cette lueur d’embarras, d’abaissement et de déshonneur ; merci de m’avoir menti et de m’avoir trahie, cette naïveté que vous avez volée m’aurait un jour coûté cher ; merci d’avoir été si pitoyables que je n’en éprouve aucun sentiment de vengeance, en plus de ma candeur, vous vous êtes lesté du peu que j’avais de méchanceté ; merci, à vous et à tous les autres de votre acabit, d’avoir été de parfaits salauds, tellement médiocres que malgré les balafres que vous lui avez portée, vous n’êtes parvenus à entacher ma foi, au contraire, vous m’avez réconciliée avec ce que je possède de plus cher : l’amour de mon prochain, et ce quelles qu’en soient les faiblesses, les maladresses ou les ténèbres.

Tout ce dont nous avons besoin pour réussir dans la vie est l’ignorance et la confiance.

Mark Twain

metoo
Parce qu’un brin d’amour n’a jamais tué personne

Avant de conclure, il m’est important de rajouter que si à l’étranger, j’ai connu quelques désagréments, c’est en France que j’ai vécu les pires rencontres de ma vie : pour croiser des salauds, pas besoin d’aller bien loin.

Et pour un peu plus de gaieté, je vous invite à lire de beaux récits de voyage, ainsi que la philosophie de ma vie nomade et mon expérience d’auto-stoppeuse ! Enfin, si vous souhaitez également dire #METOO et partager votre expérience avec nous, n’hésitez pas à écrire quelques mots dans les commentaires ci-dessous…

17 thoughts on “#MeToo, ou mes remerciements à une bande de salauds”

  1. C’est fou, j’ai vécu à peu près la même chose à Varanasi, dans le bazar également… Moi ce n’était pas les seins, mais une main baladeuse à l’entrejambe, alors que mon copain était quelques mètres devant moi. J’étais sous le choc…
    Merci en tout cas pour ce joli article, et je te rejoins sur ton dernier paragraphe : moi aussi mes plus grandes peurs, je les ai eues en France…
    Ah, et te souviens-tu du lieu où tu as pris la photo « we are young » ? Je la trouve magnifique 🙂
    Bises !
    Aurélie Article récent : Un an de vie à la Réunion : les plus et les moins !My Profile

  2. Bonjour Astrid,

    On ne se connait pas, mais je suis ton blog de temps en temps, j’aime tes idées sur les Humains. Je voulais te remercier pour cet article. A vrai dire, il m’est arrivé la même chose à Varanasi il y a quelques jours à peine. Un mouvement de foule, un homme qui m’a appelée pour m’aider à me sortir de là, et puis… il faut croire qu’il n’était pas que bien intentionné. Coïncidence, j’ai entendu parler de #metoo quelques heures après, j’ai évidemment pensé à ce qu’il venait de se produire. Le problème ? Un ami avec qui je voyageais n’a pas eu l’air de penser que ce qu’il m’était arrivé était vraiment une agression. Moi je me sentais mal pourtant, mais je me suis dit que je devais exagérer. Et puis quelle idée de faire confiance à un inconnu pendant un mouvement de foule, hein ? Tu n’imagines pas à quel point ton article tombe à pic.

    Merci 🙂

  3. Bonjour Astrid,

    Merci pour ton témoignage, qui révèle une certaine réalité. effectivement, la meilleure attitude à avoir est celle que tu décris : garder la foi! Même si elle mise à rude épreuve…
    J’ai moi même été abusé sexuellement il y a 3 ans, en voyage au Pérou, comme quoi ça arrive aussi aux hommes… J’ai beaucoup cheminé avec ça depuis, et comme tu le dis si bien, le seul mot que je peux dire est : Merci. Je n’ai plus voyager hors de France depuis ce temps, et maintenant je repars enfin en me sentant bien plus solide en moi, et avec une confiance en moi, mais sans la naiveté d’en temps… Départ mi novembre : Orléans Iran en stop!

    Merci

    Mickael

    1. Salut Mickael et merci beaucoup pour ton témoignage qui fait froid dans le dos. Tu fais bien de le souligner, le harcèlement touche aussi les hommes et j’imagine que cette histoire n’a pas été évidente à gérer pour toi.

      Pour finir sur une note plus gaie, c’est tout de même marrant, j’entre en Iran demain et j’irai ensuite jusqu’à Orléans en stop (pas par les Balkans mais par le ferry Grèce-Italie)… Si tu le souhaites et si nos routes se croisent, envoie moi un petit mail qu’on se capte pour un café !

      Bonne route à toi en tout cas, tu fais preuve de beaucoup de courage, respect !

      1. Merci Astrid, pour ta réponse, ça me touche.
        Sinon, alors ça, oui, c’est bien drôle, Iran-Orléans pour toi et Orléans-Iran pour moi !
        Si nos routes se croisent, ce sera avec plaisir pour le café! Je compte passer par les pays de l’ex Yougoslavie, alors nos routes se croiseront peut être en Grèce… à suivre;
        En tout cas, bon séjour en Iran !
        Merci
        Mickael

  4. Bonjour Astrid!

    Je passais par ici ce matin, et je ne m’attendais pas à voir un #metoo sur ton blog. Ton témoignage est poignant. Figure-toi qu’il m’est arrivé la même chose que toi en Inde, près de Bundi. Nous étions 4 filles et visitions le site d’une cascade. Alors que je faisais un tour des lieux avec l’une d’entre elles, un homme m’approche, lui aussi pour me serrer la main. Je ne sais pas qu’il a une idée derrière la tête, alors pourquoi refuser? Quelle erreur. Je lui serre donc la main, il en profite pour passer son deuxième bras autour de mes épaules, ce qui me met mal à l’aise directement, me colle un bisous sur la joue, puis, avec sa main qui avait servi à serrer la mienne, m’empoigne le sein droit…

    Au-delà de la désillusion, sur laquelle tu mets bien les mots, le pire fut sans doute la réaction d’une des filles du groupe, qui au moment de lui raconter ce qu’il s’était passé, que je me sentais salie, traitée comme un objet, m’a répondu : « oui mais t’as vu comme t’es habillée aussi?! ». C’est vrai, j’avais un débardeur. Et oui, sans doute que mes épaules auraient du être couvertes. Mais pour le reste, ma tenue était correcte. Puis, est-ce que, pour ça, je méritais vraiment ce manque d’empathie, cette réaction qui traitait la chose comme si c’était de l’ordre du banal, d’une autre femme en plus?

    Des histoires comme ça, il m’en est arrivée d’autres, en plus « soft » si j’ose le terme. Heureusement, comme toi, ça ne m’a empêchée de garder foi en l’autre.

    Merci pour ton témoignage. Il faut oser!

    Margaux

    1. Bonjour ,j’ai vécu exactement la même chose pendant mon périple d un an en Inde et j’étais en plus accompagné d un voyageur masculin , je me suis fais peloter les seins par une bande d indiens alors que j étais assise sur un banc , en pantalon et t shirt long . Je n ai pas eu le temps de me relever, chacun est passé à tout de rôle et le voyageur américain n a pas réussi à les dissuader, trop nombreux.

    2. Salut Margaux ! Merci d’avoir pris le temps de nous raconter ton expérience ! C’est fou, c’est exactement la même situation que celle que j’ai vécue… Mes potes ont quant à eux mieux réagi, tous étaient choqués et outrés. Pourtant j’étais couverte correctement, comme quoi cela n’évite pas les mufles… Bonne continuation à toi et au plaisir 🙂

      Quant à Maryline, wow c’est dingue ce que tu racontes, c’est juste horrible… J’espère que tu t’en es remise, et que tu continue tout de même de voyager de temps à autres !

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