« T’as trop de chance de faire le tour du monde ! » – Réflexion

T’as vraiment de la chance, j’aimerais trop pouvoir faire le tour du monde !

Voici sans aucun doute la phrase que j’ai le plus entendu, aussi bien avant mon départ qu’en cours de voyage. Ces quelques mots m’ont tour à tour amusée et flattée, avant de me pousser dans une réflexion plus profonde.

Ce tour du monde, je le mérite, j’ai travaillé dur pour cela, et j’ai fais tous les sacrifices imaginables. Lorsqu’on me dit que je suis chanceuse, je ressens parfois la culpabilité similaire à un gagnant du loto. Non, la réalisation de mon rêve n’est pas due au hasard.

Pourtant, au fur et à mesure que se déroule mon aventure, je me dis que finalement, je l’ai peut-être, cette bonne étoile…

Je n’ai pas ouvert une pochette surprise

Morretes, Brésil
Rue colorée de Morretes, Brésil

Au risque d’en décevoir certains, je n’ai pas gratté un ticket m’offrant un voyage d’un an, en all-inclusive. J’ai sacrifié mes loisirs et ai réduit mon confort de vie au strict minimum pendant deux ans, pour épargner le budget nécessaire.

Avant ce voyage, je travaillais à mi-temps, et ce pendant six ans. Un travail qui me passionnait, mais qui ne m’a jamais permis de faire de folies.

Pour partir, j’ai tout vendu, de la voiture aux vêtements, de la télévision aux livres. J’ai écumé les brocantes et suis devenue la pro de la vente en ligne. Je connais même par cœur tous les tarifs des frais de port la Poste, selon le poids et la garantie proposée.

J’ai mangé du pain et des pâtes pendant des mois, et n’ai pas changé ma garde-robe depuis des années.
Je suis partie avec le minimum de matériel, et viens tout juste de raccommoder les bretelles de mon sac à dos qui se fait vieux.

Des efforts financiers, j’en ai fait des dizaines, la liste est encore longue. Financer ce voyage a donc été avant tout une question de motivation, de persévérance et de choix de vie.

Si, j’avais une vie avant

Girafes, Akagera, Rwanda
Girafes du parc de l’Akagera, Rwanda

J’ai souvent l’impression d’être un cas à part, lorsque j’évoque mon aventure.

Beaucoup ont le sentiment bizarre que je n’avais pas d’attache particulière en France, et que partir a été pour moi d’une facilité déconcertante.

Régulièrement, j’explique donc à mes interlocuteurs loquaces, que j’aimais ma petite vie orléanaise, ma routine, mon travail, que mes proches me manquent.

Tout quitter pour repartir à zéro lorsque je reviendrai, est l’un des choix les plus difficiles que j’ai fait de ma vie.

Décider de partir a nécessité du courage, de l’organisation, et beaucoup d’énergie.

Ma bonne étoile

Après toutes ces précisions, je suis en capacité d’affirmer que rien n’est aléatoire dans la vie, et que si l’on s’en donne les moyens, il est possible de réaliser ses rêves.

Et pourtant… Je me sens chanceuse. Je suis chanceuse. Lorsque je compare mon parcours aux personnes que je croise sur ma route, je ne peux que me sentir chanceuse.

Sur la route - Brésil
Sur les routes brésiliennes

Rêver de faire le tour du monde, racontez ça à un gamin qui mendie pour quelques francs CFA par jour, et pour qui le rêve est de manger un burger ou de porter de vraies baskets. Je suis née au bon endroit.

Rêver de faire le tour du monde, racontez ça à un jeune étudiant qui souhaite venir en occident mais qui ne parvient pas à obtenir son visa, et pour qui le rêve est de gagner le loto de la green card américaine. Je suis née au bon endroit.

Rêver de faire le tour du monde, racontez ça à un producteur de café dont un tel voyage représente 250 fois le salaire mensuel, et pour qui le rêve est d’envoyer son fils à l’école. C’est alors que mon aventure prend presque une tournure indescente. Je suis définitivement née au bon endroit.

Comment comparer de tels écarts de pouvoir d’achat, de tels niveaux de vies. Si ces mots me viennent à l’esprit, c’est que j’ai souvent entendu que j’avais de la chance. Et longtemps, j’ai trouvé cette réflexion naïve, comme si je n’avais pas remué ciel et terre pour vivre mon rêve. Et je trouvais cela vexant, frustrant de ne pas parvenir à exprimer les efforts que j’avais dû concéder. Et puis j’ai voyagé. J’ai parcouru le monde, du moins une partie. Et j’ai alors compris.

J’ai de la chance. J’ai une chance inouïe.

J’ai le luxe d’avoir un rêve sans limites, qui laisse libre court à mon imagination et à mes envies. J’ai le luxe d’avoir un rêve sans contraintes de temps, d’espace, d’argent, ni de visa. Et j’ai le luxe de le réaliser. Quels que soient les sacrifices que j’ai effectués, ils étaient à ma portée. Certes, je ne suis pas née avec une cuillère en argent dans la bouche, mais je suis née sous une bonne étoile, une merveilleuse étoile…

40 thoughts on “« T’as trop de chance de faire le tour du monde ! » – Réflexion”

  1. Je découvre ton blog, petit à petit, un billet à la fois, et oh my! Avec cet article, tu as mis les mots sur ce que je ressens! C’est exactement ça! J’ai voyagé pendant (plus ou moins) un an l’année dernière, une envie de voyage au plus long cours que j’avais en tête depuis 7 ans, que j’ai préparé, pour laquelle j’ai économisé, … Bref, un rêve que j’ai nourris pendant longtemps.
    Souvent, j’ai entendu que j’étais chanceuse, que ce n’était pas donné à tout le monde. Là où ça m’a agacée, c’est que c’est toujours venu de personnes qui n’avaient sans doute pas moins de chance que moi. Une fois confrontées, il y avait toujours une bonne excuse : « tu comprends, il y a ça, puis avec ça, comment veux-tu? Non, pour moi, ce n’est pas possible ».
    Par contre, comme toi, je me sens chanceuse d’être née au bon endroit. Au final, ce n’est en effet pas donné à tout le monde! (Quoiqu’on pourrait revoir ce terme « donner », ça ne nous a pas été « donné » non plus 😉 )
    Margaux Article récent : Visiter Turkestan et son mausolée : sur la route de la Soie au KazakhstanMy Profile

  2. Alors là. D’habitude je pousse un énorme soupir quand je vois « pourquoi voyager n’est pas une chance maims un choix ». Mais c’est la première fois que je vois un article qui traite de ce sujet avec autant d’intemligence et de recul.
    Étant moi même en train de faire un voyage au long cours, j’ai toujours considéré que c’était une incroyable chance. Évidemment, j’ai travaillé pour ça, fait des sacrifices, et beaucoup réfléchit quand à ma manière de voyager.
    Il n’empêche que tous les exemples que tu as donnés sont vrai, mais je pense aussi à beaucoup de Français qui n’ont pas la chance de pouvoir faire ce choix.
    Je pense que de se rendre compte de cette bonne étoile permet de mieux apprécier ce qu’on est en train de vivre (en tout cas, dans mon cas).
    Merci beaucoup pour cette réflexion pleine de sagesse, et soit dit en passant, je suis complètement fan de ton blog, comme tes voyages, il sort des sentiers battus !

    1. Salut Gabrielle,

      Merci par ton commentaire, je suis très touchée de lire tes mots. C’est un peu suite à tous ces articles qui m’ont fait également soupirer, que j’ai eu envie de partager mon point de vue. Comme tu le dis, nous avons une chance incroyable, comparée à la majorité du reste du monde et aussi à beaucoup de français qui travaillent pourtant dur. Toutefois, j’espère qu’avec le temps, nous serons de plus en plus à le réaliser! 🙂 Merci pour tes gentils mots de soutien, ils me vont droit au cœur… Bonne continuation à toi!

  3. C’est clair que si on s’en donne les moyens, on y arrive au prix de certains sacrifices!! Les gens en générale veulent tout avoir et c’est pour cette raison qu’ils n’ont rien ou n’y arrive pas! Des fois, j’ai même pas envie de dire que j’ai fait un tour du monde!
    stefan cvoyageur Article récent : Billet tour du monde ou pas?My Profile

  4. C’est le premier article que j’ai lu de toi, il y a quelques moi déjà. Un bel article qui permet de se remettre en question
    J’ai longtemps entendu cette phrase avant de partir et moi qui n’ai jamais cru à la chance, j’ai eu beaucoup de mal à la supporter.
    Maintenant que je croise ces gens dont tu parles, je commence à comprendre d’avantage ton point de vue.
    Merci encore pour tous ces articles qui permettent de se questionner sur nos voyages.

    1. Coucou!

      Je crois que tout dépend du point de vue que l’on adopte : de la chance, mais par rapport à qui? Par rapport à celui qui a eu les mêmes cartes en main dès la naissance, mais qui n’a pas bougé le petit doigt pour changer sa façon de vivre qu’il critiquait? Ou par rapport à celui qui est né au mauvais endroit, ou au mauvais moment, et qui quoi qu’il entreprenne ne connaîtra jamais cette liberté qu’est de pouvoir choisir sa vie?

      La chance, tout comme le bonheur, la richesse ou le confort par exemple, sont pourtant des notions très relatives. Les comparaisons sont toujours difficiles, on peut se sentir très heureux sans rien comme très malheureux en possédant tout. On peut s’estimer chanceux d’avoir le luxe de voyager par exemple, tout comme nier cette bonne étoile et clamer un peu partout qu’il n’est pas question de chance mais de motivation.

      Je fais partie de ceux qui croient en leur bonne étoile, et cette bonne étoile me le rend bien. Oui, j’ai de la chance, et je suis à peu près sûre que vous aussi 🙂

      Profitez de la fin de votre grand voyage et chouchoutez votre karma comme il se doit! Bonne route à tous les deux

  5. 2ème article de ton blog que je lis ce soir : 2 claques magistrales tellement c’est vrai, chargé d’émotions, d’un je-ne-sais-quoi de terriblement touchant : sublime écriture pour un article tellement vrai ! Et tu sais quoi : tu ne l’as pas volé ce tour du monde ! Chapeau et respect !

    1. Coucou! Merci pour ton encouragement. C’est marrant il y a à peine une semaine je découvrais ton blog et je suis restée pendue à tes mots également! Au plaisir de te croiser un de ces jours… 😉

  6. Je me reconnais bien dans ton article. En effet voyager n’est pas une chance mais un acte de courage de détermination … mais il faut quand même avouer, comme tut le dis si bien, que nous avons le chance d’avoir le choix !
    Cyn

      1. « le miracle, c’est de marcher sur la terre » thich nhat hanh, moine bouddhiste.

        « Même un très long voyage commence par un premier pas » Proverbe chinois.

        Le courage c’est d’être soi.
        Sa notion d’acte de courage pousse à se mettre à action. Faut pas dire « Y a qu’à », mais quand on a les cartes en mains… !

        Salut Astrid et Bonjour Cynthia !

  7. Ouh comme je me reconnais dans ce billet ! Je le trouve très juste et pertinent !

    La chance n’a rien à voir dans le fait de partir voyager, mais comme le dit un précédent commentaire, on se rend surtout compte qu’avoir le choix est un luxe, et il faut en avoir conscience constamment, même au retour d’un voyage je trouve !

    La vie n’est pas toute tracée, on peut choisir d’aller où bon nous semble.. Après, c’est vrai qu’on est certainement nées au bon endroit, dans le bon contexte, à ne pas oublier… Ton dernier paragraphe est très touchant !
    Je découvre par la même occasion ton blog, et je vais continuer d’aller le parcourir !

    Bonne continuation Astrid ! 🙂

    1. Merci Hélène, contente que tu te retrouves dans ces quelques mots… Ayant apparemment pas mal voyagé toi aussi, j’imagine que tu as eu le temps de réfléchir sur le sujet, et que nous en sommes arrivées aux mêmes conclusions : oui, nous sommes chanceuses! Bon voyage à toi 🙂

  8. Coucou,
    je suis toujours aussi ravie de lire ton blog et de te suivre dans ton périple, quels beaux textes et magnifiques photos. J’ai hâte de lire la suite.

    Gros bisous.

    Mélanie (rebréchien)

  9. Souvent quand on dit « tu as de la chance » on pense surtout « comme j’aimerais être à ta place » mais c’est vrai qu’il faut savoir faire des choix et des sacrifices. Faire un tour du monde, tout le monde en rêve mais bien peu sont capables de faire les choix et sacrifices nécessaires pour cela, il ne faut pas l’oublier c’est clair !

  10. Comment être si jeune et écrire avec une telle sagesse ?
    Quelle richesse dans le cœur pour s’ouvrir sans cesse, tourner les yeux vers les plus démunis.
    Pourquoi les larmes me viennent-elles aux yeux à lire les mots de ma fille, ces mots qui me touchent, cette enfant dont je suis si fière, cette jeune femme que j’aime.

  11. Les gens ne comprennent pas que lorsque voyager est sa priorité, on se prive dans d’autres domaines pour pouvoir partir… Pas de tour du monde pour moi, mais des escapades pour souffler un peu… et les voyages sont mes seules dépenses. On me dit que j’ai de la chance de partir souvent, et d’avoir des vacances pour cela et c’est le cas… Je me sens chanceuse. Mais quand certaines des personnes qui me font ce speech n’ont pas du tout le même mode de vie que moi… Je ne fume pas, ne bois pas, dépense peu en soirée, peu en habillement (j’achète beaucoup, mais pas cher^^), je calcule mes trajets pour faire au moins cher, fais des heures d’étude en plus le soir…
    Belle réflexion!

  12. Je crois que j’ai eu un chemin à peu près similaire, pas sur mon tour du monde, mais sur mon déménagement à l’étranger : « j’ai beaucoup travaillé pour ca, je l’ai mérité ».
    Et pourtant : l’ai-je plus mérité que les gens qui atterrissent ici parce qu’ils fuient la guerre dans leur pays ?

  13. Ha, cette fameuse phrase, on l’a tous entendu un bon paquet de fois lorsqu’on est rentré de voyage… Mais ces gens ne se rendent pas compte que c’est très facile à réaliser, et qu’ils font le choix de vivre autre chose, de dépenser 300/500/800€… dans un simple objet, dont il existe des équivalences pour 10x moins chers. Lorsque je croise un ami qui porte un montre à 1000€, je ne lui dit pas qu’il a de la chance. pareil pour une fille avec un sac…

    Ce sont des choix. Pas de la chance.

  14. Je me retrouve totalement dans ton article ! Que ce soit au niveau des voyages au long terme ou des expatriations que j’ai eu l’opportunité de vivre, j’ai toujours entendu ce genre de réflexions… « T’a trop de chance », « j’aimerais trop être à ta place » etc. J’ai vu des gens le faire bien avant moi et ça m’a donné envie de sauter le pas à mon tour – et je voyage parce que je le veux vraiment, parce que je suis, comme toi et bien d’autres globe-trotters, prête à tous les sacrifices (qui n’en sont pas vraiment au final) pour vivre ma vie comme je l’entends.

  15. Dire à quelqu’un qu’il a de la chance de faire le tour du monde, c’est caractéristique de l’attitude de tous ces gens qui ne feront jamais rien. Quand quelqu’un nous inspire, il faut en profiter pour agir!! Seules nos actions ont une valeur…
    Mais tu as entièrement raison, le simple fait de voyager est un privilège que de très nombreuses personnes n’ont jamais eu et n’auront jamais… et ça, c’est une chance infinie!

  16. Superbe article, parfait bien rédigé!
    Moi je ne fais pas le tour du monde, je suis expatriée aux US.
    Lors de notre dernier grand voyage, en Thailande, j’ai réalisé comme toi que j’avais la chance d’être bien née, dans un pays civilisé, où j’ai pu avoir une éducation, un métier, l’assurance de manger à ma faim chaque jour, d’avoir un toit sur la tête chaque nuit, de pouvoir me soigner quand j’en avais besoin.
    A l’époque beaucoup nous ont envié ce road trip d’un mois en Thailande. Mais ça ce n’était pas de la chance. Comme toi, on a économisé notre argent, nos vacances… Notre expatriation, un peu de chance, beaucoup de volonté, de la persévérance à croire en nos rêves …
    Ton billet m’a inspiré! Merci

  17. C’est très vrai ce que tu dis… Je pense que tous ceux qui font le tour du monde a entendu cette phrase et qu’elle nous a tous agacée parce qu’elle a été prononcée par des personnes qui ne se donneront de toute façon jamais les moyens de faire un tel voyage.
    Mais oui. Nous avons la chance inouïe d’avoir le choix. Le choix de voyager ou de rester dans notre pays. Ce n’est pas le cas de la plupart des êtres humains.
    Merci de nous le rappeler et de nous ramener sur terre !

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