Voyager ne nous rend pas meilleurs, ouch !

reflexion sur le voyage

[Note avant lecture : cet article ne vise personne en particulier, à part peut-être moi-même. C’est un peu cette facette de ma personnalité que je souhaiterais voir taire, mais qui ne peut s’empêcher, parfois, de remonter à la surface. C’est ce qui a inspiré ces quelques lignes.]

Voyager nous rendrait meilleurs. D’ailleurs, c’est ce que je vous ai toujours dit, comme ici par exemple. Tous les baroudeurs vous le confirmeront : partez loin, et vous deviendrez plus heureux, humbles et ouverts d’esprit. Les adjectifs d’auto-congratulation ne manquent pas. À croire qu’un simple ticket de bus serait en mesure de nous ouvrir les portes d’un lieu jusqu’alors tenu secret : l’antre où se tapissaient nos plus belles qualités. Mais, ne nous aurait-on pas un peu menti ?

Nous, les voyageurs, avons acquis au fil des kilomètres une expérience incroyable. En effet, avides de découvertes, et toujours à la recherche de l’authenticité en côtoyant au plus près des locaux, nous détenons une vraie connaissance de la vie. Bien heureusement, nous ne gardons pas ces révélations secrètes. Au contraire, nous nous faisons une joie d’éclairer un tant soit peu notre petit auditoire qui, pantouflard, se cultive à nos côtés, sans même n’avoir à nous le demander.

De rien.

Par la même occasion, nous ne manquons jamais de faire remarquer à tous ceux qui ont manifestement loupé leurs vies, qu’ils ne peuvent toutefois pas mourir sans :

  • Avoir traversé les États-Unis en moto par la route 66
  • Avoir gravi le Machu Picchu, puis fait un selfie pour l’attester juridiquement
  • Avoir fait un jogging à cloche-pieds sur la grande muraille de Chine
  • Avoir sauté en élastique à Pétaouchnok
  • Avoir fait l’amour sur une plage déserte, avec des dauphins autour ET sous une pluie d’étoiles filantes
Sur une route argentine
Sur une route argentine

Non parce que, franchement, il est impensable de mourir sans au minimum avoir fait tout ça. D’ailleurs, en parlant de Pétaouchnok, une fois sur place, il faudra absolument voir son marché, son port, son église et sa place centrale : c’est immanquable !

Je dis ça, mais bon, chacun fait ce qu’il veut, je ne suis pas quelqu’un qui porte des jugements de valeurs. La preuve ? Je suis une voyageuse.

Pour autant, je ne m’estime pas chanceuse de parcourir le monde. Ce n’est pas parce que j’ai le bon passeport et la bonne couleur de peau que je parviens à me promener le pouce en l’air. Chacun peut le faire, il suffit de se bouger un peu, tout simplement. Aussi, s’il y a quelque chose que je ne supporte pas, c’est bien d’entendre des personnes qui critiquent leur travail.

Votre emploi ne vous convient pas ? Mais quittez-le ! Vivez d’amour et d’eau fraîche ! La vie est belle et le monde est bon ! Vous avez des enfants ? Mais quittez-les aussi, que diable !

Street art NYC
Street art dans Harlem, New York City

Par chance, quelques amis voyageurs et moi-même sommes là pour vous rappeler tout ça. Vous qui ne viviez qu’à travers votre poste de télévision : vous voilà sauvés !

Encore une fois : de rien. Il n’y a vraiment pas de quoi. Voyager m’a rendue vraiment philosophe, et je m’en voudrais de ne pas partager tout cela avec vous.

Mais pour être honnête, tout n’est pas toujours aussi rose. Nous, les grands voyageurs, avons un vilain défaut, mais qui n’en a pas ? En effet, nous ne pouvons éviter de vouloir avoir la plus grosse. Et qu’importe si notre bucket-list n’a aucun sens : mieux vaut cocher un pays dans lequel nous avons passé trois heures, plutôt que d’avouer n’y avoir jamais mis les pieds.

– T’as été à Singapour toi ?

– Ouais, vite fait.

– T’as fait quoi là-bas ?

– Oh, j’étais en transit, je suis resté à l’aéroport, mais c’était cool.

N’empêche, voyager, ça nous force à développer de sacrées qualités. Négocier par exemple, et c’est tout un art ! Il n’y a pas si longtemps, un routard pur et dur m’a appris qu’on pouvait débattre le prix du pain dans certains pays. Il paraît qu’on peut l’acheter à 5cts au lieu de 10, une affaire !

Bon, c’est surtout pour le principe : c’est marrant de marchander, c’est exotique. Et puis ça fera rire les potes en leur montrant la photo du boulanger, l’air déçu. Si j’ai pensé à ses gosses ? Attends, ils font tous dix gamins là-bas, ça va pas être de ma faute en plus !

Outre le fait de nous transformer en de vrais winners, voyager nous pousse à nous confronter au monde et à ses difficultés. En permanence, il nous faut faire preuve de bon sens, de débrouillardise et de bravoure. Alors, pour nous féliciter de tout ce courage débordant, on nous soutient, on nous aide, on nous porte vers le kilomètre suivant, les bras ouverts et le cœur sur la main.

Autostop Grèce
Autostop en Grèce, direction Pyrgos

On en oublierait presque de se demander qui sont les vrais héros de la route, ceux qui marchent seuls, sans rien, et dans un but bien éloigné de nos préoccupations touristiques.

Prendre la route nous fait grandir aussi, et réaliser que nous ne sommes pas si mal chez nous. Nous sommes plutôt très bien même. D’autant plus qu’à notre retour, nous sommes toujours reçus comme des rois. Le seul souci, c’est que toutes ces retrouvailles nous occupent énormément. Nous qui pensions, comme prévu, avoir le temps d’aider des personnes démunies, cela sera pour l’année prochaine. De toutes façons, il y aura toujours quelqu’un à sauver dans ce monde, non ?

Vous l’aurez compris, voyager, c’est un peu une drogue, dont il est difficile de nous séparer. On y pense jour et nuit, et à peine rentrés, on ne pense qu’à repartir. Nos amis le savent, et apprécient sans aucun doute ce côté passionné dont nous faisons preuve.

– Tu veux du lait dans ton café ?

– Oh ça me rappelle cette fois où j’ai bu du lait caillé en Afrique !

– Du sucre sinon ?

– Oui, oh ! ! ! Comme la fois où j’ai visité les plantations de canne en Asie, un super souvenir !

 

Board road ends
Fin de la route, Takoma, banlieue de Washington DC

Alors, finalement, le vrai génie du grand voyageur n’est-il pas de parvenir, malgré tout, à conserver quelques proches ? Et vous, qu’en pensez-vous ?

 

22 thoughts on “Voyager ne nous rend pas meilleurs, ouch !”

  1. Absolument morte de rire !

     »Votre emploi ne vous convient pas ? Mais quittez-le ! Vivez d’amour et d’eau fraîche ! La vie est belle et le monde est bon ! Vous avez des enfants ? Mais quittez-les aussi, que diable ! » Je ne me sens pas du tout visée 😀

    Merci pour cet article plein d’autodérision. En espèrant rentrer un peu moins con cette année 🙂 Bisous !!

  2. J’ai beaucoup apprécié cet article plein d’autodérision, merci pour ce partage 🙂 On a parfois tendance à vouloir imposer sa vision des choses aux autres, et il ne faut pas oublier que ce qui est bon pour soi ne l’est pas forcément pour tous… Et puis, je me dis aussi souvent que si voyager m’est si agréable, c’est aussi grâce à toutes les personnes qui ne voyagent pas et qui me font partager un peu de leur quotidien, partout sur la planète. Bref, il faut de tout pour faire un monde, et c’est très bien comme cela…

    1. Je devrais rajouter ton avant-dernière phrase pour conclure mon article… C’est justement grâce à toutes ces personnes qui nous ouvrent leurs portes que nos voyages sont remplis de magnifiques découvertes. Merci à toi pour ce rajout qui colle parfaitement avec le fond de ma pensée 🙂

  3. Le titre de l’article m’a interpellé, et je trouve que le ton est un peu dur, je comprends le fond de ta pensée. On part le 11 novembre prochain avec ma copine et notre chienne pour voyager 1 an, et depuis une bonne année que je lis les blogs de voyage, je n’avais pas encore lu de vraie prise de recul de ce type, ou en tout cas pas à ce point.
    Et du coup, même si tu grossis un peu le trait, je trouve que ça colle bien au ton un peu moraliste qu’on retrouve par moment sur les blogs de voyageurs.
    J’espère qu’on ne tombera pas dans ces travers. Il y a 10000 façons de vivre des aventures, le voyage en fait partie. Mais je suis tout autant admiratif des personnes qui construisent une maison, qui créent une entreprise, qui aident vraiment leur prochain… Qui apprécient simplement la vie en fait 🙂

    1. Coucou Martin et merci pour tes quelques lignes. Oui, effectivement je grossis (même beaucoup) le trait, et je pense toujours que voyager, ou plus généralement aller au bout de nos rêves est la meilleure des choses à réaliser. Je le dis souvent sur mon blog, c’est pourquoi cette fois je souhaitais mettre cette idée en perspective avec le côté un peu plus sombre dont je ne parle pas souvent. Bon voyage à toi et ta copine (ainsi que votre chien!), je vous souhaite plein de belles choses!

  4. Mon avis c’est qu’il faut travailler avec son égocentrisme.

    En lisant ton article, au delà du 2nd degrés, il apparaît que tu semble vraiment fâché avec toi même. C’est peut-être pour la forme de l’article, mais du coup, ça m’a interpellé.
    Chaque personne porte en soit sa part d’égocentrisme. Chez le voyageur, elle est puissante parce que sans elle, nous n’aurions pas autant de fierté à voyager, nous n’écririons pas de blog, nous n’aurions pas la passion !
    Il est certain qu’il y a l’appel de la route, ou une forme d’appel en général (sans que j’ai encore réussi à définir de quoi il s’agissait) ; mais hey ! on est pas le Dalaï-lama ! Si nous pensons au fait que nous ne sommes pas meilleur que les autres, que nous travaillons dessus et que nous essayons sincèrement d’apporter de bonnes choses autour de nous, je pense qu’il est raisonnable de penser que cette part d’égocentrisme n’est pas seulement une mauvaise chose que nous devons absolument éradiquer parce que c’est le mal !

    Mais ce n’est que mon avis !

    1. Salut Skully the traveller! J’espère que tu es bien arrivé au Chili??? J’ai bien pensé à toi jeudi dernier 🙂 Je suis tout à fait d’accord avec tes quelques mots, d’ailleurs tu es sûrement mieux parvenu que moi à exprimer le fond de ma pensée, merci donc! On en avait brièvement parlé tous les deux la semaine dernière et je partage totalement ton point de vue… Bon vent à toi en Amérique du Sud, je te souhaite ainsi qu’à Pierre plein de bonnes choses 🙂 Gros bisous

      1. C’est vrais qu’on en avait parlé, c’est pour ça que j’ai voulu apporter ma petite pierre à ton édifice. Il faut dire que c’est un de mes sujets de réflexion de prédilection. C’est parce que je kiff le Dalaï-lama ! 😀 Mais je ne m’attendais pas à ce ton pour l’article. C’est super intéressant de te lire sur ce que tu pense de négatif, c’est très différent !
        On est bien arrivé au Chili, le vol à été long et avec Pierre, on à décidé de ne plus jamais prendre l’avion !! Bon, dans la mesure du possible mais on à plus vue ça comme un temps de chargement plutôt que comme faisant partie du voyage.
        En tout les cas, bon vent à toi aussi, je te souhaite du fond du cœur que tu puisse trouver autant de plaisir outre-manche que dans tes précédents voyages.

  5. Salut Elsa! Tout d’abord, si tu es cliché à part entière, sache que j’en suis un aussi, étant donné que tout ce que je dénonce est issu des défauts dont j’ai du mal à me séparer. Mettre des mots sur ces petits travers m’aidera peut-être à m’en détacher pour de bon! C’est marrant, car ton commentaire fait vraiment écho au fond de ma pensée. On oppose souvent les touristes aux vrais voyageurs, une idée que je partageais d’ailleurs lors de mes premiers voyages. L’impression d’en savoir beaucoup plus que les autres, et de vivre une aventure beaucoup plus riche. C’est avec le temps que j’ai compris tout le ridicule de la situation : clamer que voyager me rendait ouverte d’esprit, et en même temps m’enfermer dans des clichés totalement absurdes. Je suis donc bien d’accord avec toi… Bonne continuation à toi, et à quand tu veux pour échanger! 😉

  6. Salut Astrid,

    Je n’arrive pas à apprécier ton article. Enfin je l’ai lu, et jusqu’au bout, tout en me demandant tout le long ce que tu voulais exprimer et surtout où tu te positionnes dans ton récit.

    En fait j’ose espérer que tout l’article est sur le ton du sarcasme, c’est bien cela ?

    Auquel cas, pour une meilleure lecture, je verrais bien un ou deux commentaires à la première personne qui viendrait mettre en perspective ces généralités écœurantes d’autosuffisance que de pseudos « voyageurs » peuvent se permettre d’envoyer à la face du monde, comme si le monde en avait quelque chose à carrer. Un peu de « je » pour dire ce que toi tu en penses de tout ça. Même si c’est une auto-critique, j’aimerai sentir la prise de recul que tu prends par rapport à tout cela.

    Voilà mon commentaire vaut ce qu’il vaut, hein, tu en fais ce que tu veux, mais pour ma part je pense que ça rendrait l’article encore plus pertinent et lisible. A+ !
    Samuel Article récent : PARIS – WE ARE FAMILYMy Profile

    1. Salut Samuel, et merci pour cette critique, c’est toujours constructif d’avoir des retours! Il est vrai que j’utilise très peu le « je » dans cet article, mais c’était un choix dès le départ. En effet, tous ces petits travers du voyageur que je dénonce, je les ai eu, et je lutte encore parfois pour m’en séparer. Je ne pense pas être la seule à fonctionner ainsi, mais je ne m’estime pas pour autant meilleure que les autres, d’où le « nous ». Je raconte très souvent dans mon blog que voyager nous rend « meilleurs », et ces quelques lignes sont juste une mise en perspective des bienfaits du voyage, qui bien évidemment, pèsent beaucoup plus lourd dans la balance. Donc, pour répondre à ta question, oui cet article est bien sarcastique, car il faut bien reconnaître que voyager ne nous transforme pas toujours en philosophes modèles comme on le lit souvent, ou comme on le pense facilement. J’espère avoir donné plus de lisibilité à mon texte, et dans le cas contraire j’espère que tu apprécieras un peu plus les suivants! Bonne fin de journée à toi 🙂

  7. Coucou Astrid,
    Ca fait un petit moment que je ne t’ai pas laissé de petit mot, bien que je te lise toujours avec beaucoup de plaisir :). Le ton de cet article m’interpelle, tu n’es pas tendre avec toi-même, on dirait!
    Bien sûr qu’on voyage pour soi, et il en est de même pour la plupart des choses qu’on fait dans la vie. On peut même trouver dans la générosité une forme de narcissisme… j’ai l’impression que ça te gêne. Mais l’important est d’arriver à être juste dans ses relations avec les autres, locaux ou amis retrouvés. De faire preuve d’empathie…
    J’ai beaucoup moins voyagé que toi, et je parle assez peu de mes expériences de voyage, car quand le sujet me vient à l’esprit, je teste toujours l’intérêt de la personne en face de moi. Il y a beaucoup de gens que ça n’intéresse pas, et ce, même si on insiste. Et au fait, les gens qui rabâchent leurs anecdotes, peut-être sont-ils juste en train de compenser une trop longue solitude…
    Allez, je suis sûre que tu vas retrouver la paix avec toi-même et les autres. Des bises, mes pensées t’accompagnent!

    Emilie

    1. Coucou Emilie! J’espère que tu vas bien? Pour tout te dire, cet article fait suite à une longue réflexion et remise en question, qui dure depuis des années… Et je ne pense pas être la seule à avoir ces fâcheux travers, à en lire certains récits que je trouve sur le net, du genre : « pourquoi vous devez tout plaquer pour avoir une vie meilleure »… Souvent sur des blogs anglophones d’ailleurs. C’est donc une pensée qui se veut générale même si je m’inspire de mes propres défauts 🙂 Contente de te lire en tout cas! Bonne continuation à toi!

      1. Je suis d’accord avec toi au sujet de ces articles « racoleurs »… ^^ ils manquent de nuances haha, et ton blog en est bien différent, c’est pour ça que je l’aime d’ailleurs 😉
        Moi ça va, de retour de vacances entre Sud et Nord de la France et avec plein de projets de petits week-ends pour continuer d’explorer tout ça. Bonne continuation à toi aussi (et go pour les Golden Blog awards ^^)

        1. Cool! Si tu es toujours entre le Sud et le Nord, sache que tu es la bienvenue à Orléans, et c’est en plein centre! 🙂 J’y suis bloquée pour quelques jours, si tu veux passer boire un café fais moi signe! A bientôt, bises!

  8. Je suis d’accord avec ton titre!
    Voyager ne rend pas meilleur, je ressens le voyage comme une façon de mieux se connaître à travers les gens.
    Du coup un con restera toujours un con même si il voyage mais au final au moins il saura qu’il est con ^^
    C’est un peu caricatural mais un chat reste un chat même après avoir parcouru des milliers de km…..

    Très bel article.
    NomadikTime Article récent : PVT au Japon – L’idée est làMy Profile

  9. je voyage à travers toi… Je ne pourrai pas faire ce que tu fais mais Parce que je suis bien chez moi avec tout le confort et ma grosse Tv 😉 le voyage te construit et c’est une belle drogue mais sans les proches tu n’aurais peut être pas cette stabilité qui te permet de voyager , si?

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