La vie de voyageur nomade, ça ressemble à quoi ?

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J’écris cet article sur le voyage nomade alors que je n’ai plus de chez-moi depuis dix mois aujourd’hui. Désormais, j’apprends jour après jour à vivre autrement, et c’est pourquoi j’ai choisi de vous en dire un peu plus sur cette nouvelle vie qui réserve son lot de surprises, d’excitation, de mystère parfois, et surtout de palpitations…

Faut-il être riche ?

Lorsque j’évoque mon tour du monde auprès de ceux que je rencontre sur la route, la réflexion que j’entends toujours en premier est que je dois sûrement être riche, car tous imaginent qu’être voyageur nomade sur le long terme doit coûter une fortune.

Ma réponse est nuancée. Il est certain que si je compare mon budget au niveau de vie des habitants des pays en développement que je traverse, et qui pour beaucoup gagnent moins d’une centaine d’euros par mois, mon aventure pourrait presque prendre une tournure indécente. Est-ce ma faute ? Non, probablement pas. Mais la faute à qui, alors ?

Il m’arrive souvent d’avoir un peu de retenue quant aux explications que je donne sur mon voyage, préférant raconter que je suis là pour quelques semaines plutôt que de détailler fièrement tout mon parcours. Je réalise au fil des semaines que j’ai une chance inouïe de parcourir le monde aussi librement, et adopte par conséquent une certaine pudeur. Toutefois, je ne suis pas plus fortunée que la plupart d’entre vous. J’ai toujours travaillé à mi-temps, auprès d’adolescents, dans un centre social en périphérie d’Orléans. Il m’a fallu deux ans et demi pour réunir l’argent nécessaire, et ce au prix de nombreux sacrifices matériels.

Mon voyage nomade est donc sans artifices, sans excès. Et après plusieurs mois d’aventure, je commence à réaliser que cette nouvelle vie de simplicité a tout à m’apprendre. Elle me fait grandir et me recentrer sur l’essentiel. Elle me permet de m’ouvrir davantage aux autres, sans avoir d’autres attentes qu’un sourire ou qu’un moment d’amitié et de complicité partagé. Il ne faut pas être riche pour partir faire le tour du monde, il est d’ailleurs facile d’apprendre à voyager sans argent. À l’inverse, entreprendre un tel projet ouvre les portes de trésors les plus inestimables.

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Plage de Vama Veche en Roumanie, après un an et demi de voyage nomade en van aménagé

Le voyage nomade, une vie dans un sac :

Mon sac à dos pèse moins de dix kilos, bouteille d’eau, baskets et manteau compris. Il est tout petit : il fait 60 cm de haut, et contient à peu près tout ce dont j’ai besoin aujourd’hui. Semaine après semaine, je me suis séparée de beaucoup de choses que j’avais apportées, inquiète de manquer de quelque chose. J’ai réalisé que d’être écrasée par le poids de mon sac, par des affaires que je n’utilisais presque pas, allait à l’encontre du sentiment de liberté qui était au cœur de mes motivations premières.

J’ai abandonné (donné) plus de la moitié de ce qui se trouvait dans mon bagage. Je ne m’en sens que plus soulagée. En apprenant à voyager léger, j’ai décuplé ma liberté. Aller à la rencontre des habitants, dans des pays où la vie n’est pas toujours facile, m’aide à me délester de tout ce qui n’est pas essentiel. Si des milliards de personnes dans le monde peuvent vivre avec si peu de choses – tout en étant heureux pour la plupart – il me paraît déplacé de faire chaque jour étalage d’une nouvelle garde-robe.

De plus, mes inquiétudes du début ont disparu. Non, je ne manque de rien. Et plus le volume de mon sac diminue, moins j’ai peur de manquer. Absurde, déraisonné me direz-vous, sans doute. Mais qu’importe. Je peux désormais aller et venir, librement, où le vent me porte, sans d’autres peurs que celle de ne pouvoir revenir un jour dans tous ces endroits magnifiques que je traverse.

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Invitation à un baptême chez des Pygmées, à Ruhengeri au Rwanda

SDF de la route ?

Ce point revient souvent dans les discussions que j’ai avec les voyageurs que je rencontre. Avant, je ne m’en inquiétais pas. Mais au fil du temps, je m’aperçois qu’avoir fait le choix de ce mode de voyage nomade s’accompagne d’une certaine marginalisation. C’était loin d’être mon but. Moi, j’aime bien être passe-partout, qu’on ne me remarque pas trop, j’aime la tranquillité, du moins d’esprit.

Pour beaucoup, je suis une sorte de sans domicile fixe, une vagabonde qui ne cesse de prendre la route sans but précis. Si l’on s’en tient au fait de ne plus avoir de maison, j’accorde bien volontiers que j’ai une vie un peu décalée. Pourtant, je ne me sens pas si différente. J’ai plutôt l’impression d’avoir plusieurs maisons. Je vis chez Gilson, qui me fait rire aux éclats, à São Paulo. Puis je vis chez Facundo, qui partage sa caravane, à El Chalten. Je vis chez Arisa, qui m’accueille comme une reine, à Nagoya. Et je vis chez Heejung, qui devient une sœur pour moi, à Séoul.

Des foyers qui m’ont réchauffé le cœur, je pourrais en citer des dizaines. Si le prix à payer est de passer pour une marginale, cela me va. Car rencontrer toutes ces personnes merveilleuses, qui m’offrent de bon cœur l’hospitalité et leur amitié, est un luxe que je savoure pleinement.

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Hébergement atypique chez Facundo, vers El Chalten, en Argentine

Des hauts et des bas :

Le voyage nomade se définit par une vie de mouvement, mêlant des sentiments souvent contradictoires. Quitter un lieu où je me sens bien est sans doute l’épreuve la plus difficile qui ponctue mon voyage. Adieux déchirants, au revoir larmoyants, me préserver émotionnellement n’est pas une chose aisée. Toujours heureuse de partir découvrir de nouveaux horizons, me séparer de mes récentes attaches s’accompagne à chaque fois d’un petit pincement au cœur.

La gestion de la fatigue est également un point crucial de mon tour du monde. M’endormir à San Francisco, me réveiller à Tokyo, en rêvant de Buenos Aires pendant ces quelques heures de sommeil volées : assimiler tant de changements en si peu de temps relève parfois du parcours du combattant. Gérer les décalages horaires, les changements d’alimentation, les différences culturelles, trouver rapidement de nouveaux repères dans des environnements aux antipodes les uns des autres, il me faut constamment être vive d’esprit, tout en conservant une santé de fer. Et parfois mon corps lâche, des maux jusqu’alors inconnus me font ralentir quelque temps, comme un appel au repos, avant de repartir de plus belle. Ainsi, j’ai appris au fil du temps à lever le pied, et j’ai découvert les bienfaits de la slow life : un changement rédempteur.

Être chaque jour sur la route ne ressemble pas à des vacances à rallonge. C’est toute ma vie qui a changé. Tout un confort qu’il me faut laisser de côté, un moral qui doit rester d’acier, et une fatigue que je dois apprivoiser afin de profiter au mieux de toutes les joies que le monde a encore à m’offrir.

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Petite séance de géographie avec ma famille japonaise, à Nagoya

Et pour finir…

J’étais partie pour faire un voyage, avec une idée bien arrêtée sur ce que je voulais découvrir, vivre, et sur les endroits que je comptais explorer. Mais comme le dit si justement Nicolas Bouvier dans son livre L’usage du monde :

Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu’il se suffit à lui-même. On croit qu’on va faire un voyage, mais bientôt, c’est le voyage qui vous fait, ou vous défait.

Après plusieurs passés à vivre sur la route, je ne suis plus en mesure d’affirmer où je serai ni ce que je ferai dans quelques semaines : je me laisse désormais porter, bercer, transporter. J’ai fait tomber mes dernières barrières prévoyantes, rassurantes, contraignantes aussi.

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Pont de Brooklyn, New York City

Le voyage nomade nous apprend à avoir confiance, en soi et en notre prochain. Il nous permet de ne plus réfléchir à ce qui pourrait se passer le lendemain. Il nous soustrait à nos peurs, tout simplement…

Et pour en savoir plus, je vous invite à découvrir le début de mon voyage initiatique, ainsi tous les articles relatant la philosophie de ma vie nomade et l’intégralité de mes récits de voyage !

22 thoughts on “La vie de voyageur nomade, ça ressemble à quoi ?”

  1. tu sais que j’aime beaucoup les oiseaux, surtout les migrateurs…
    mais un comme toi, je ne l’avais pas encore trouvé dans mes bouquins !
    grosses bises

  2. J’adore la citation ! Et je te comprends pr l’argent, on pense souvent qu’un tour du monde coûte une fortune mais je pense que c’est en fait accessible à la plupart d’entre nous, il faut juste accepter de faire des sacrifices pour vivre ce rêve !

  3. Impressionnantes réflexions .. C’est très intéressant .. Je tadmire beaucoup la présentement .. Moi qui vit à l’étranger et qui aie perdu beaucoup de mes repères. Mais est ce qu’il n’y a pas une limite à ne pas dépasser après laquelle on ne peut plus revenir dans la « vraie vie « ? En tout cas super article

    1. Merci! C’est gentil! Quand à la « limite à ne pas dépasser », pour moi, la « vraie vie » est celle qui me rendra heureuse. Je trouve mon bonheur sur la route, auprès de toutes ces personnes merveilleuses. Et après réflexion, je pense que ce sont elles, qui m’enseignent ce qu’est la « vraie vie ». Bonne continuation à toi et encore merci 🙂

  4. Je découvre ton blog à l’instant et je dois dire que je suis ravie d’être tombée ici, et sur cet article, par hasard. Ton article est très inspirant ! Même si on ne fait pas le même voyage, je me retrouve totalement dans ce que tu dis…

    Bonne continuation !

  5. C’est peut-être une mauvaise idée de lire ton billet de bon matin, avant d’attaquer sa journée de travail… Ta plume donne envie de sauter dans ses chaussures de marche, d’attraper son sac à dos et de repartir sur les routes !
    Je te connais pas, mais j’ai aussi eu les larmes aux yeux en lisant ton texte… parce que certains sentiments que tu décris font écho en moi, parce que je me reconnais un peu dans ce que tu vis, et que ça donne furieusement envie de retrouver ces sentiments que j’ai l’impression d’avoir perdus depuis mon retour à la sédentarité…

    Belle continuation !

    1. Merci pour ces quelques mots qui me vont droit au cœur! Bon, et bien si tu sautes dans tes chaussures et que tu t’envoles vers l’Asie, fais moi signe, on ira boire un verre 🙂 Sympa ton site au passage, j’aime beaucoup!

  6. Très bel article ! Nous partons en tour du monde en famille dans quelques semaines et j’espère pourvoir passer par tous ces sentiments pour vraiment « ressentir » ce voyage. En bonus, un proverbe donné par mon responsable à mon départ et qui correspond bien à ton texte : « Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages mais à avoir de nouveaux yeux » (Marcel Proust). Bons voyages…

    1. Magnifique proverbe que je ne connaissais pas, merci! Bonne route à vous, je suis certaine que vous connaitrez tous ces sentiments à votre tour, profitez-en bien, c’est une grande chance de pouvoir vivre ça en famille! 🙂

  7. Coucou,
    Aujourd’hui, j’en ai pris plein la figure ! Je suis encore « sous le choc » de ce que je viens de lire, avec des larmes plein les yeux. Tu m’étonneras toujours ! Et puis alors, quelle facilité (semble-t-il) pour coucher toutes ces pensées profondes, pas sur le papier, mais c’est pareil. J’ai l’impression que les phrases sortent comme ça, toutes seules, que tu reviens très peu sur ton texte, sinon il perdrait de sa pureté.
    Ce qui est certain, c’est qu’on retrouvera une toute nouvelle Astrid quand tu rentreras, mais quand ? Des fois je me prends à penser que ce « voyage » durera plus longtemps que prévu … Ai-je tord ?
    Je sais qu’on te l’a déjà dit, mais profite, profite … Je crois que tu as compris et que tu t’y appliques chaque jour davantage.
    Je te connaissais peu avant mais toutes ces pages me font découvrir à quel point tu es une « super nana » et surtout une fille bien.
    Prends soin de toi. Grosses grosses bises

    1. Haha ben merci pour tous ces gentils petits mots! C’est sûr que ce voyage me fait changer, j’espère que cette évolution se révèlera positive…! T’inquiète pas, je profite au maximum et engrange plein plein de beaux souvenirs! Gros bisous 🙂

  8. Waou , ça en bouche un coin! Encore une fois plein de sentiments s’entrechoquent dans ma tête quand je te lis. Ça nous fait tellement de bien tout ça. Merci et bonne route…..

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