Volontariat au Love for all children rescue centre, Nakuru, Kenya

J’ai quitté la Malaisie pour le Kenya il y a peu. J’arrive à Nakuru, quatrième ville du pays, après quelques jours passés à Nairobi en compagnie de Wangari, une jeune couchsurfeuse ultra-dynamique.

À Nakuru, je n’ai pas de programme prévu, certes il y a des parcs nationaux mais c’est un peu cher, et je préfère consacrer mon temps à mes nouvelles connaissances, dont Solo qui m’accueille au sein de sa famille.

Ce dernier est ami avec Pamela, une pasteur qui a créé le Love for all children rescue centre en 2006. Ayant eu connaissance de ma profession de travailleuse sociale en France, mais aussi de mon expérience en tant que volontaire à l’étranger, notamment en Afrique, Solo décide de me présenter la pasteur.

De fil en aiguille, celle-ci me demande si je peux rester quelques jours en compagnie des enfants. J’accepte avec grand plaisir et rejoins Pamela le matin même.

Les missions du Love for all :

Pamela accueille aujourd’hui plus de 200 jeunes dans son centre, âgés de quelques mois à une vingtaine d’années. Anciens enfants des rues, orphelins, et enfants issus des bidonvilles ou de familles monoparentales, qui ne peuvent assumer financièrement une scolarité : elle ouvre ses portes à tous.

Les jeunes arrivent le matin, bénéficient d’une éducation, de repas, d’uniformes scolaires et de soins gratuitement, et rentrent chez eux le soir. Quarante-six enfants restent pour la nuit, n’ayant pas de foyer où aller.

Objectifs du projet éducatif :

  • Aider les enfants abandonnés ou vulnérables,
  • Les accueillir dans un lieu sûr, un nouveau foyer,
  • Élever le niveau d’éducation au sein des familles les moins privilégiées de Nakuru,
  • Faire respecter les fondements des droits de l’homme et de l’enfant,
  • Nourrir, fournir des vêtements et prendre en compte les besoins de chacun,
  • Travailler en réseau avec différents partenaires sociaux et gouvernementaux.

Mon arrivée au centre :

Avec Sharon, Nakuru, Kenya
Avec Sharon, une jeune de l’orphelinat

Pamela vient me chercher à quelques centaines de mètres du centre et nous traversons un quartier populaire avant d’arriver aux portes de l’établissement. Les enfants sont rassemblés dans la cour et attendent ma venue.

Ils se mettent à chanter en anglais : Welcome, be welcome, we are happy to receive you, we already love you, welcome, be welcome (bienvenue, sois la bienvenue, nous sommes heureux de te recevoir, nous t’aimons déjà, bienvenue, sois la bienvenue).

L’un d’entre eux apporte une guirlande et me la passe autour du cou. Après le chant de bienvenue, c’est l’heure des présentations. Chacun tient à venir me serrer la main et me demander mon nom, dans un désordre incroyable. Je reçois donc des centaines de sourires, apprends toutes sortes de prénoms que j’ai du mal à retenir, et tous en profitent pour vérifier si la peau des Mzungus (blancs) est normalement constituée.

Ils retournent ensuite en classe à l’appel sérieux des professeurs, et je reste avec Sharon, une jeune de seize ans. Elle vient au centre chaque jour car sa mère travaille ici. Ayant des soucis financiers, elle ne va pas au lycée cette année. Elle y retournera l’année prochaine si les choses s’arrangent. Nous sympathisons très vite et elle me pose toutes sortes de questions.

Elle : Tu veux faire quoi plus tard comme métier ?

Moi : J’ai déjà un métier, je m’occupe de jeunes en France. Ils ont à peu près ton âge d’ailleurs.

Elle : C’est bien ton travail ?

Moi : Oui j’aime bien. Et toi, tu veux faire quoi plus tard ?

Elle : Plus tard, je serai astronaute.

Moi : Oh ! Astronaute ! Dis, si un jour tu vas dans l’espace, tu m’emmèneras dans ta fusée ?

Elle : Oui bien sûr, je te montrerai, d’en haut on pourra voir les étoiles…

Il faut bien rêver avant de pouvoir réaliser ses rêves. Toutefois, à ce moment précis, le contraste entre nos deux destinées me frappe de plein fouet.

Résumé de mon travail au centre :

awalé kenya
Une partie d’awalé avec les enfants

Pamela me demande de m’occuper des enfants avant et après la classe. Trois ballons, des craies et quelques feutres sont à ma disposition, pour divertir 200 enfants. La plupart inventent toutes sortes de jeux et s’amusent entre eux. Je n’ai donc qu’un petit groupe à gérer à la fois.

Les enfants tiennent à m’apprendre leurs jeux. En creusant la terre et en récupérant quelques cailloux, ils m’expliquent les règles d’un awalé local et je leur apprends celles d’un awalé d’Afrique de l’Ouest.

Entre deux interminables parties de football pieds nus, nous fabriquons des bracelets avec quelques fils que j’avais dans mon sac.

Nous jouons aussi au pendu et au Pictionnary et mon dessin représentant Pamela fait fureur lorsqu’ils comprennent la blague. Je leurs fais quelques tours de magie, que je dois exécuter encore et encore à leur demande. Au bout de la trentième fois, je leur explique le truc, et c’est toute la cour qui se transmet le précieux secret.

orphelinat nakuru kenya
Partie de foot, un sport sans frontières…

Un gamin de cinq ou six ans m’enseigne comment fabriquer un camion à l’aide d’une boîte de gâteaux et de bouchons en plastique. Il tire ensuite fièrement son nouveau jouet à travers la cours à l’aide d’une petite ficelle.

Toutefois, nous passons la plupart du temps à discuter, assis en rond, car les enfants ont en tête des milliers de questions à mon égard.

Enfin, j’aide Sharon à accomplir ses tâches quotidiennes, comme aller acheter du bois pour le feu, ou faire les courses au marché. L’occasion de partager des moments privilégiés avec elle tout en l’écoutant me raconter son histoire. Cette jeune connaît déjà tout de la vie et malgré son âge elle a tout à m’apprendre, même si elle n’en a pas vraiment conscience.

La vie chez Pamela :

Sur les quarante-six enfants qui restent jour et nuit, sept dorment chez Pamela, car le centre est trop petit. Elle a fait le choix de prendre chez elle les jeunes les plus fragiles, afin de veiller au maximum sur eux. Les autres dorment dans le centre dans des dortoirs, et du personnel reste pour la nuit.

Pamela m’invite chez elle plusieurs jours, elle m’explique que pour des raisons de sécurité je ne peux pas rester la nuit au centre, une blanche ne passe pas inaperçue ici et attire vite l’attention. Chaque soir, après le volontariat, je rentre donc chez Pamela en compagnie des sept adolescents, tous bilingues, qui me harcèlent de questions et de blagues.

Les filles font la cuisine et s’occupent du linge. Je participe donc et Milored m’apprend à faire des chapattis à la lueur de la bougie, entre deux coupures de courant. Les enfants semblent sereins dans ce nouveau foyer. Pas de dispute, beaucoup d’entraide, ils ont déjà une certaine maturité.

orphelinat nakuru kenya
Aves les enfants de l’orphelinat de Nakuru

Tous sont d’anciens enfants des rues. Difficile à imaginer quand on les voit si bien élevés, si cultivés, si propres et si vifs d’esprit. Certains me racontent leur passé, d’autres sont plus pudiques et je m’abstiens de poser toute question. À eux de faire le choix de s’ouvrir ou non à moi.

Collins, un garçon de treize ans, me raconte dans un anglais parfait comment il sniffait et s’injectait dans les veines toutes sortes de drogues. Son discours est tellement violent qu’il m’est difficile de trouver une réponse adéquate. Je lui demande juste s’il aime sa nouvelle vie, et s’il est heureux : il acquiesce fermement.

Chez Pamela, il y a une chambre pour les cinq filles avec des lits superposés, les deux garçons dorment sur des matelas dans le salon. Elle dort seule dans une petite pièce. Je reste dans la chambre des filles qui m’accueillent avec joie. Ça semble beaucoup les amuser de recevoir une Mzungu pour quelques nuits.

Après l’extinction officielle des feux, la fin de journée se transforme en une soirée pyjama d’adolescentes. Elles me demandent quelques mots de français, les salutations, ou des mots plutôt insolites : Comment on dit une tasse en français ? et me posent aussi toutes sortes de questions : Qu’est-ce que les gens mangent dans ton pays ? J’en fais de même pour les rudiments de swahili et mon accent est apparemment très drôle.

Nous nous endormons toutes vers minuit. Le réveil est programmé à cinq heures du matin pour prier en famille, prendre le petit déjeuner, faire sa toilette puis partir à l’école.

Prier, espérer :

enfants orphelinat nakuru kenya
Enfants de l’orphelinat de Nakuru

Un soir, je reste au centre plus tard que d’habitude, Pamela s’est absentée, je dois attendre son retour pour rentrer avec elle. Il fait déjà nuit, et il fait froid. C’est l’hiver au Kenya, et je découvre qu’il ne fait pas toujours chaud en Afrique. Les enfants sont vêtus assez légèrement, ils se rassemblent alors dans une salle de classe pour se mettre au chaud, les uns contre les autres.

Il n’y a pas d’électricité, une seule et unique bougie éclaire la pièce, et les yeux brillants des quarante-six enfants. Linda, l’une des filles les plus âgées de l’orphelinat, entame un chant en swahili. Tous reprennent en chœur sa mélodie, et les visages s’illuminent peu à peu. Ces chansons sont probablement les plus belles que j’ai entendues de ma vie. Il s’agit de prières, et désormais, plus personne n’a froid.

Les corps tanguent de gauche à droite, au rythme des Hosanna. Les grands comme les plus petits se tiennent debout, les paupières closes, les bras tendus vers le ciel et les mains ouvertes, pour célébrer l’amour de Dieu. L’instant est émouvant.

Ces enfants n’ont rien. Pas de jouets, pas de lit pour chacun, plus de parents, leurs vêtements sont usés et la base de leur alimentation n’est qu’un peu de farine mélangée à de l’eau. Pourtant, ils remercient Dieu de leur avoir donné une seconde famille. À ce moment précis, ils sont heureux, les sourires ne mentent pas. La cohésion qu’ils ont recréée est parfaite.

Les petits trouvent la paix dans les bras de leurs nouveaux frères et sœurs. Les aînés enseignent aux autres que le bonheur est ici. Les paroles de leurs chants font tellement écho en moi que je m’en souviens encore mot pour mot : The time to be happy is now, the place to be happy is here, the way to be happy is to make someone happy (C’est maintenant l’heure d’être heureux. L’endroit pour être heureux, c’est ici. Le moyen d’être heureux, c’est de rendre quelqu’un heureux).

Le vrai bonheur coûte peu, s’il est cher, il n’est pas d’une bonne espèce.

Chateaubriand

D’un coup, les chants cessent et chacun se tourne vers un mur en tôle froissée de la salle. À haute voix et tous en même temps, ils adressent leur prière personnelle à Dieu. Ils ne parlent pas mais crient, tout en marchant, tombant à genoux au sol ou entrant réellement en transe.

Drôle d’impression, imaginez quarante-six personnes dans une pièce obscure, se mettre à crier et à gesticuler dans tous les sens. Cela dure plus d’une vingtaine de minutes. Je comprends peu à peu que ce ne sont pas des lamentations comme je l’avais imaginé au début, mais bien des acclamations à la gloire de Dieu, des demandes de pardon et de grâce, et des mots de remerciement.

Linda ouvre ensuite la Bible et tous font silence. Elle lit quelques passages en anglais et traduit en même temps en swahili. Le pasteur revient, nous faisons une dernière prière tous ensemble puis je rentre chez elle pour la nuit, encore sous le coup de l’émotion.

L’heure des adieux :

enfants orphelinat kenya
Dernier grand jeu avec les enfants

Le point le plus difficile de ma vie nomade est de dire au revoir. Quitter le Love for all après ces quelques jours intenses n’est pas évident.

Quels mots trouver pour remercier tous ces enfants et Pamela, qui ont si peu, et qui m’ont pourtant tant donné…

Le souvenir de leurs sourires, l’espoir en l’avenir qu’ils portent, l’amour fraternel qu’ils partagent aujourd’hui, tout cela m’aura profondément marquée.

Je leur suis reconnaissante de m’avoir ouvert leurs portes et leurs cœurs, et de m’avoir montré où et comment trouver le bonheur : dans l’amour de son prochain. Merci à tous du fond du cœur. Je vous souhaite ce qu’il y a de meilleur. Asanti…

Soutenir le Love for all children rescue centre

À ce jour, aucun organisme ne subventionne le centre, la corruption étant très élevée au Kenya, les fonds disparaissent avant même de parvenir aux jeunes. Par conséquent, ne pouvant payer le loyer du Love for all à temps, Pamela est sans cesse menacée d’expulsion.

Elle et ses enfants ne survivent qu’avec l’aide de donations privées. Trois formules permettent d’apporter votre aide directement aux enfants :

  • Parrainer un jeune enfant en finançant sa nourriture et ses frais de scolarité, 25€ par mois
  • Parrainer un enfant qui poursuit ses études après l’école primaire, dans un établissement secondaire, 75€ par mois (50€ de frais de scolarité et 25€ pour sa vie quotidienne)
  • Libre donation, pour apporter votre soutien à l’achat de nourriture, de vêtements, de lits et matelas, et de frais médicaux.

Les transferts d’argent se font généralement par MoneyGram (prélèvement automatique). Pamela recherche également des volontaires souhaitant venir travailler bénévolement avec les enfants. Cela peut être une très bonne opportunité pour voyager seul en Afrique pour la première fois.

Pour la contacter (en anglais) :

Pamela NGESA, opamelangesa@yahoo.com / +254 (0)725 766 101

enfant orphelinat kenya
Pas besoin d’un Toys’R’us quand on sait se débrouiller…

13 thoughts on “Volontariat au Love for all children rescue centre, Nakuru, Kenya”

  1. Coucou petit globe! Super ce texte, il m’a beaucoup ému. Tu es géniale! Ton aventure donen beaucoup d’envie et fait rêver! Merci Astride pour ce partage. Bonne continuation!!!!!! Des bisous tourangeaux!

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