Faire de la solidarité internationale : mes conseils pour débuter sans expérience #2

Vous souhaitez mettre en place un projet solidaire mais vous ne savez pas par où commencer ? Les associations auxquelles vous vous êtes adressé refusent votre candidature car vous manquez d’expérience, ou ne vous répondent pas ? Vous ne souhaitez pas payer plusieurs milliers d’euros pour adhérer à un programme clé en main ? Vous êtes seul et vous cherchez désespérément des coéquipiers pour monter votre projet ? Vous êtes au bon endroit pour trouver des réponses à vos interrogations.

Dans l’article précédent, nous avons réfléchi au sens de l’action, défini le vocabulaire spécifique à la solidarité internationale, et remis en question la démarche de ce type d’engagement. Si vous n’avez pas lu ce texte, je vous recommande vivement de commencer par là.

Cela étant dit, entrons dans le vif du sujet…

Avec qui partir ?

J’ai tendance à penser que pour ce type de projet, partir en équipe est ce qu’il y a de plus approprié. Partagez vos réflexions, vos interrogations, vos doutes, vos expériences réciproques, décidez à plusieurs les points importants, ouvrez le débat, et traversez ensemble toutes les épreuves liées à la vie en équipe. Seul, vous n’aurez pas cet espace d’échange et votre projet s’en trouvera grandement appauvri.

Cela va sans dire, il faut donc choisir vos équipiers avec beaucoup de précaution. Soyez certains de partager les mêmes valeurs, les mêmes aspirations, et la même motivation.

Prenez tout le temps nécessaire pour vous mettre d’accord, chaque décision doit résulter d’une mise en commun des pensées de chacun. Soyez le plus juste possible, distribuez la parole équitablement, et votez si besoin.

Répartissez-vous les différents rôles : laissez à chaque membre de l’équipe le soin d’avoir sa propre responsabilité. Pour autant, soyez solidaires les uns des autres et entraidez-vous, mais apprenez à faire confiance à vos coéquipiers et en leur capacité à faire avancer ce projet commun. Pour une équipe équilibrée, et en fonction du nombre de participants, vous aurez besoin de :

  • Un coordinateur : il n’est ni le chef ni celui qui prend toutes les décisions. Il s’assure de la cohésion d’équipe, veille au bien-être de chacun, sert de lien avec les partenaires extérieurs et fait son possible pour mener le projet jusqu’à son terme.
  • Un comptable : à l’aise avec les chiffres, il tient à jour les dépenses et les recettes dans un cahier spécifique. Il ne perd pas les tickets de caisse, veille à ce que le budget décidé en équipe soit équilibré, et cherche des financements extérieurs.
  • Un secrétaire : il écrit les comptes-rendus des réunions d’équipe. Il participe activement à la rédaction des dossiers de demandes de subventions. Il veille à ne laisser aucune faute d’orthographe dans les publications officielles.
  • Un responsable communication : il met à jour le site internet, publie sur les réseaux sociaux, confectionne les affiches et flyers pour des évènements précis… Il peut être chargé de communiquer avec les partenaires extérieurs.
  • Un responsable santé : si c’est votre premier grand départ à l’étranger, ce poste est important. L’infirmier de l’équipe répertorie les vaccins à effectuer avant le départ et veille à respecter leur calendrier. Il se renseigne sur les maladies possibles sur place et constitue la trousse à pharmacie de l’équipe. Il apprend quelques rudiments de base afin d’éviter au mieux tourista, malaria, et autres maladies classiques en voyage.

Pour ma part, j’aime faire équipe avec un petit nombre, entre trois et cinq personnes. C’est plus simple de communiquer dans un petit groupe et les tâches sont mieux réparties.

Orphelinat de Nakuru, Kenya
Orphelinat de Nakuru, Kenya

À qui s’adresser ?

Avant toute chose, gardez à l’esprit qu’il ne sert à rien de multiplier les projets existants. Concentrez-vous sur les actions déjà mises en place, et apportez votre soutien à leur pérennisation. Cela étant dit, voici quelques acteurs ressources auprès desquels vous pourrez dans un premier temps tenter votre chance, ou au moins trouver des informations :

  • Des ressources méthodologiques très complètes, par Centraider
  • Des informations très pertinentes pour s’informer ou s’engager, par le réseau Ritimo
  • Le réseau Espaces Volontariats pour mieux comprendre ce type d’engagement, et trouver une mission à l’étranger
  • Votre CAF
  • Votre mairie, votre Conseil Général, et surtout Régional
  • Le ministère de la jeunesse et des sports
  • La semaine de la solidarité internationale (SSI) qui a lieu tous les ans au mois de novembre, pour rencontrer vos acteurs locaux et pourquoi pas trouver une action qui vous convienne
  • Les associations locales compétentes (exemple : pour mon premier projet au Rwanda, j’avais contacté l’association Orléans Trait d’union Monde)
  • Les associations étudiantes de votre ville

Si cela ne suffit pas, vous pouvez tout à fait contacter directement des ONG à l’étranger. Dans ce cas, soyez très attentif quant à leur fiabilité, il existe pléthore d’organisations, certaines sont dignes de confiances et – comme partout – d’autres non. Pour mieux cibler votre partenaire potentiel, tentez de trouvez une association qui a déjà mis en place ce type de coopération, et dont les retours sont positifs. Creusez aussi du côté d’Internet.

Une fois votre partenaire repéré, contactez-le, et présentez-vous clairement. Demandez-lui des informations précises sur ses projets, et proposez votre soutien. Ne faites pas l’erreur de lui laisser miroiter monts et merveilles, soyez honnête et fiable à votre tour.

Ensemble, communiquez régulièrement, et tentez de trouver des objectifs communs à une action qui résultera d’un réel travail d’équipe.

Orphelinat de l'Institut Mariem Diallo, Nouakchott, Mauritanie
Orphelinat de l’Institut Mariem Diallo, Nouakchott, Mauritanie

La préparation d’un projet :

  • Le diagnostic : il est à établir avec le partenaire sur place, qui connaît mieux le terrain et les besoins locaux. Le projet doit répondre aux problématiques locales et doit prendre en compte les spécificités socioculturelles.
  • Les objectifs : toujours avec votre partenaire, définissez des objectifs généraux, et explicites. Vous pouvez ensuite les détailler plus précisément par le biais d’objectifs opérationnels (ex : objectif général -> dynamiser la vie locale ; objectifs opérationnels -> mettre en place un temps de rencontre entre les habitants, organiser une compétition sportive…)
  • La planification : il est important de resituer le projet dans le temps, en définissant clairement des étapes phares, tant pour la construction de l’action que pour sa mise en place. Afin de réunir les financements nécessaires et de réfléchir attentivement au sens du projet, il me semble qu’une année de préparatifs est raisonnable.
  • La rédaction du projet : une fois tous ces éléments établis, vous devrez rédiger votre projet. Soyez concis mais n’omettez aucun détail. Ne négligez pas l’orthographe, vos potentiels financeurs doivent vous trouvez crédible. Afin d’éviter tout malentendu, faites relire et approuver le dossier par votre partenaire local.
  • Le financement : beaucoup de ressources et de bourses à projets existent, je les détaille ici.

La déroulement sur place :

Une fois le projet mis sur pieds, tout reste encore à faire. Restez attentif à son évolution, et n’omettez pas de faire des bilans de mi-parcours réguliers avec votre équipe et votre partenaire. Si c’est votre premier projet, je vous recommande de faire le point chaque soir avec vos coéquipiers, en vous assurant de donner à chacun un temps de parole et en respectant vos ressentis personnels.

Une fois par semaine si tout se passe bien, faites en de même avec votre partenaire local, et reprenez ensemble les objectifs de votre projet un à un, afin de vous assurez que les choses vont dans la bonne direction. N’hésitez pas à réajuster le tir, ces réunions sont là pour ça. C’est au coordinateur de votre équipe de veiller à ce que ces espaces d’expression aient lieu, car il n’y a rien de pire que les non-dits et les incompréhensions, notamment dans un contexte interculturel.

Le bilan du projet :

Une fois le projet sur place terminé, tout n’est pas fini pour autant. Un bilan vous sera demandé par vos financeurs. Rédigez-le d’abord en équipe, puis avec votre partenaire. Cela peut d’ailleurs faire l’objet de deux bilans différents, et doit être tant quantitatif que qualitatif. Restez fidèles à la réalité des évènements.

Enfin, d’après moi, un projet n’a de sens que s’il perdure dans le temps. Si le bilan de votre projet est positif pour tous, essayez d’en tirer quelques perspectives futures, quitte à trouver une nouvelle équipe pour réaliser une nouvelle action.

Enfants de l'ONG Asmita, Varanasi, Inde
Enfants de l’ONG Asmita, Varanasi, Inde

J’en avais beaucoup parlé dans l’article précédent, mais je tiens à le redire ici, il est important de réfléchir au sens de votre engagement avant de commencer toute démarche.

Vous partez d’un bon sentiment et vous voulez vous engager dans une bonne action. Ne construisez pas un projet qui aura un impact plus négatif que positif pour la population locale. J’évoque d’ailleurs cette même ambiguïté dans deux articles que je vous recommande de lire : la mendicité en voyage, comment réagir et peut-on voyager dans une dictature ?

Posez-vous au préalable les bonnes questions, informez-vous, interrogez des professionnels du secteur, et restez ouverts à la critique : c’est tout ce que je peux vous souhaiter, afin que votre projet se passe pour le mieux et ait le plus de sens possible.

Et vous, d’autres conseils à ajouter ?

 

2 thoughts on “Faire de la solidarité internationale : mes conseils pour débuter sans expérience #2”

  1. Bonjour et bravo pour votre article (et sa première partie). J’ai particulièrement apprécié votre utilisation régulière de mots tels que « engagement », « échange » et « sens ». Vous mettez aussi en avant l’aspect professionnel et non improvisé des différents acteurs d’un projet. Je souhaiterais donc mettre en lumière les quelques organismes de grande qualité qui forment ces professionnels de l’humanitaire et de la solidarité internationale.
    J’accompagne des étudiants qui souhaitent s’engager professionnellement. Notre approche de leur formation dans l’humanitaire leur « offre » le temps, au cours de leur cursus, de faire mûrir leur projet et nous espérons donner à leur désir d’action le sens qu’il doit avoir. L’importance de l’échange y est primordiale.
    Merci pour ces 2 articles, ce zoom sur les questions que soulèvent les actions humanitaires parfois trop improvisées ou pas assez réfléchies.
    Au plaisir de vous lire à nouveau.

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