Vis ma vie de musher #1 : trois semaines de WWOOFING chez une éleveuse de chiens de traîneau

C’est une meute, dont je suis la chef…

Voici ce que m’a dit un jour Christiane, une musher, qui élève seule quarante-six chiens à St Guillaume Nord, dans la région de la Lanaudière au Québec. C’est elle qui m’a permis de réaliser un vieux rêve d’enfant : faire du chien de traîneau…

Une première journée sur les chapeaux de roue

Ebène, Québec
Ébène

Je suis arrivée chez Christiane un dimanche après-midi, après avoir passé un week-end dans un chalet, invitée par une joyeuse bande d’expatriés français. La soirée ayant été très festive, ma première journée en tant que musher a été plutôt éprouvante.

Il faut dire que ce travail est extrêmement physique, et qu’il y a beaucoup d’informations à assimiler rapidement. Heureusement, Christiane, mon hôte, a été vraiment gentille avec moi, et m’a donné des explications claires et simples à comprendre, ce qui a facilité mes premiers pas dans cet univers si différent du mien.

Mon travail de WWOOFER

Motoneige, Québec
Partir au boulot en motoneige, ça le fait !

Lorsque j’avais contacté Christiane, j’avais proposé d’offrir mon travail contre le gîte et le couvert. C’est ce qu’on appelle le WWOOFING, et cette dernière m’a répondu oui immédiatement.

C’était un rêve que de faire du chien de traîneau, et le fait de pouvoir partager quelques semaines son quotidien m’avait semblé être le plus intéressant. J’ai ainsi pu découvrir son métier, sa passion, sa vie.

L’essentiel de mon travail consistait bien sûr à m’occuper des chiens. Quarante-six chiens, ça prend du temps

Il fallait les nourrir (et pour cela découper des poulets auparavant), leur donner à boire, nettoyer leurs ronds (les chiens courent en cercle autour de leurs poteaux, ce qui forme des ronds), déneiger leurs niches en pelletant ou en piochant, dégeler leurs chaînes souvent coincées par la glace (il faisait jusqu’à -27°C la nuit, un vrai voyage dans le grand froid…), les soigner, et leur donner de l’affection : mon moment préféré de la journée.

J’aidais aussi Christiane à faire courir ses chiens avec le traîneau (plutôt sympa comme travail !) et à entretenir sa propriété, en déneigeant des chemins, déneigeant des abris, déneigeant du matériel… Les journées étaient donc bien remplies et j’étais chaque jour étonnée de m’endormir à l’heure des poules…

Des fois, il y a tellement de neige qu’on ne sait même plus où la mettre !

Mon apprivoisement des chiens

Picotine et moi
Avec Picotine

J’ai été très surprise durant cette expérience par les différents comportements des chiens à mon égard. Certains étaient très dociles, et se jetaient à mes pieds le ventre en l’air. D’autres approchaient plus lentement, venant d’abord sentir ma main avant de se laisser caresser. Le plus étonnant aura été de voir que certains d’entre eux étaient très timides, et avaient peur de moi, malgré les jours qui passaient. C’était presque amusant de voir d’énormes animaux, presque sauvages, avoir peur de quelqu’un de bien moins fort qu’eux.

J’ai donc testé quelques techniques d’apprivoisement… Voici celle qui a le mieux fonctionné. Pour approcher les chiens peureux, sans les faire s’enfuir en courant dans leur niche, je m’accroupissais lentement face à eux, enlevais mes gants, et leur tendais la main en les appelant tout doucement. Christiane m’a également conseillé de les ignorer afin de les laisser venir d’eux-mêmes, et bien souvent, ça a marché !

Jour après jour, les chiens venaient renifler mes doigts, et restaient de plus en plus longtemps. Avec beaucoup de patience et de douceur, j’ai réussi à les approcher, même si je pouvais voir dans leurs yeux un peu d’inquiétude. En regardant les photos, on peut lire dans le regard des chiens ce qu’ils avaient en tête.

Un côté pas toujours glamour

Chiens de traîneau, Québec
Dans le chenil, sous la neige

J’étais prévenue avant de venir : tout n’est pas féerique dans l’univers des mushers. Tout d’abord, la préparation des repas des chiens pouvait être un peu perturbante, surtout durant mes premiers jours. En effet, couper des dizaines de poulets congelés à l’aide d’une hache pouvait remuer beaucoup de choses en moi. Il m’a fallu garder à l’esprit que cette partie du travail était nécessaire au bien-être des chiens, et finalement, je me suis habituée.

Nettoyer les ronds n’était pas non plus une chose aisée, surtout avec quarante-six chiens (et encore, d’autres mushers en ont bien plus), je vous passe les détails… Il faut imaginer en plus les conditions climatiques difficiles qui n’arrangent rien, et les chiens qui vous sautent dessus, contents de vous voir, renversant parfois votre seau… Là encore, il faut savoir rester philosophe !

Par ailleurs, et c’est sûrement le plus difficile à endurer pour un musher, les chiens ne sont pas éternels. Certains sont trop vieux et partent d’eux-mêmes. D’autres sont malades et doivent alors être euthanasiés. Perdre un animal qu’on a choyé pendant des années n’est pas facile à vivre et reste un événement marquant dans la vie d’un musher.

Mais surtout une grande aventure

Chiens de traîneau, Québec
Yaaaaaaa !

Mon expérience de vie chez Christiane a été très intense, du matin au soir, et ce chaque jour.

Partir travailler en motoneige, arriver au chenil et entendre la meute hurler comme des loups, parvenir à contrôler mon traîneau lors des sorties avec les chiens, gérer les imprévus, soigner les animaux blessés, me surprendre à rire devant leurs attitudes si drôles, et à pleurer en leur disant au revoir : mes trois semaines d’apprentie musher comptent aujourd’hui parmi les plus grandes aventures que j’ai vécues jusqu’à présent.

Chaque instant passé a été source de découverte, d’étonnement, d’apprentissage, de remise en question parfois, et surtout de joie d’avoir eu la chance de vivre tout ça.

Chaque journée a eu son lot de petits plaisirs, simples et pouvant paraître insignifiants, et pourtant si importants… Ainsi, j’ai pu observer un chiot de quelques semaines sortir de sa niche pour la première fois en titubant. J’ai assisté au sauvetage in-extremis d’un poulet que l’on a donc baptisé Moïse (mais ça, c’est une longue histoire !). J’ai pu caresser un chien très timide le jour de mon départ pour la première fois, coïncidence sans doute, mais quelle récompense ! Et ainsi de suite… Le métier de musher est parfois difficile, parfois fatiguant, mais toujours imprévisible et surtout émouvant.

Une leçon de vie quotidienne

Christiane et Nanouk
Christiane et Nanouk

Effectivement, ces quelques semaines chez Christiane auront été pour moi une grande expérience de vie. Cette dernière m’aura énormément transmis : sa passion, ses techniques, son dévouement et son humilité.

Être musher nécessite de faire d’énormes sacrifices pour vivre ce rêve de cohésion avec la nature. En préparant mon tour du monde, j’ai également dû faire beaucoup de concessions, c’est pourquoi je reste admirative devant tant de détermination.

Christiane vit entièrement pour ses chiens, à qui elle offre tout ce qu’elle possède. Chaque jour, j’ai été émue de la voir transmettre son amour à ses animaux, qui, sauvages au premier abord, lui donnaient tout ce bonheur en retour.

Elle a appris à vivre avec presque rien, et m’a expliqué à de nombreuses reprises à quel point elle était heureuse depuis qu’elle avait réalisé son rêve. Une belle leçon de courage, de force, de caractère et d’amour… Un immense merci à elle pour ces magnifiques moments que je conserverai précieusement en mémoire.

TENTEZ L'AVENTURE!

Christiane recherche des WWOOFERS, souhaitant vivre cette expérience. Si vous aussi n’avez pas froid aux yeux, vous pouvez la contacter : lantre-chien-et-loup@hotmail.com.

Elle m’a toutefois précisé qu’elle souhaitait accueillir des personnes très motivées uniquement, qui s’adaptent facilement à des conditions de vie pas toujours évidentes, et de préférence des femmes, la maison étant petite et offrant peu d’intimité.

Vous l’aurez compris, ce n’est pas un camp de vacances, mais c’est une incroyable aventure

Difficile pour moi de raconter ces trois semaines en quelques mots. J’écrirai prochainement un article plus précis sur l’univers des chiens de traîneau afin de compléter celui-ci, qui ne relate que ma propre expérience chez Christiane. J’ai en effet rencontré d’autres mushers qui m’ont également beaucoup appris.

Je suis déjà certaine qu’une fois cet article publié, de nombreuses anecdotes vont me venir à l’esprit, que je regretterai de ne pas avoir mentionné ici. Par ailleurs, les mots m’ont manqué pour décrire fidèlement toutes les émotions que je venais de vivre. J’espère toutefois que ces quelques lignes vont auront donné un aperçu de mon aventure en tant que musher, et vous auront donné envie de découvrir vous aussi le traîneau à chiens !

28 thoughts on “Vis ma vie de musher #1 : trois semaines de WWOOFING chez une éleveuse de chiens de traîneau”

  1. Les chiens c’est formidable, le froid pour les huskys c’est super! Quand ils sont au travail…
    Mon chien et moi, après avoir commencé un peu de woofing dans l’agriculture en France, on voudrait préparer un projet pour aller vivre un moment dans un pays froid.
    Canada, Norvege… ?

    La liberté en pleine nature, c’est top!

  2. Hey, super ton périple auprès de cette éleveuse ! Pourrais-tu me dire comment tu l’as contacté, par le biais du site de woofing ? au pif en regardant les sites de mushers ? Je serais emballée pour la contacter, est-ce que tu pourrais me renseigner s’il te plait ? Et as-tu d’autres hotes de woofing à me conseiller dans la région ?

    Merci beaucoup !
    Lucie

    1. Salut Lucie, merci pour ton message! J’ai contacté Christiane en faisant de longues recherches sur Internet (donc au pif^^) et j’avoue que je suis super bien tombée avec elle, c’était une super expérience! J’ai mis son mail dans l’article dans l’encadré, mais je ne suis pas sûre qu’elle recherche toujours des volontaires car cette aventure commence à dater un peu. Je n’ai pas d’autres contacts dans cette région, mais je te souhaite bonne chance (cela ne t’aidera peut-être pas beaucoup, mais ça vient du coeur^^)…

  3. Bonjour ! On aimerait vivre cette expérience moi & ma copine.
    Nous allons partir faire un tour d’Europe en camion durant 6mois ou plus ( l’avenir nous le dira..) à partir de juillet et on aimerait savoir quelle serait la meilleure période pour partir…?
    & premièrement …est-ce que Christiane parle français ?
    Merci beaucoup
    C&J

    1. Bonjour à tous les deux! Cool pour votre tour d’Europe en camion, j’ai voyagé comme ça toute cette année et c’était vraiment une super expérience! Oui Christiane parle français, mais je ne suis pas sûre qu’elle cherche toujours des volontaires (après, ce ne sont pas les mushers qui manquent au Québec!). J’étais là-bas en février je crois, il faisait super froid mais c’était cool de découvrir les paysages tout blancs avec toutes cette neige! Bonne continuation à tous les deux 🙂

  4. Bonjour!

    J’ai lu avec intérêt cet article. En effet j’ai obtenu cette année un visa vacance-travail et décolle pour le canada en septembre. Passionnée de de nature et d’animaux, je vais m’en donné à cœurs joie dans ce pays. Je souhaite moi aussi pouvoir faire un wwoofing de se type, et souhaite prendre contact avec Christiane. Je voudrais savoir si je devais m’y prendre maintenant pour la contacter, ou attendre un peu? Dans l’idée d’un wwoofing durant février/mars 2017 (ou octobre/novembre 2016?) Quel est la meilleurs période selon vous?
    Merci à vous,

    Une autre Claire ^^

    1. Bonjour Claire,

      Je ne sais quoi vous répondre, le mieux serait de la contacter directement, elle vous indiquera mieux que moi la meilleure période et vous donnera toutes les informations nécessaires à l’organisation de votre aventure. Je vous souhaite un excellent séjour au Canada!

  5. Bonjour, j’admire votre voyage. Je souhaiterais également faire partie de cette aventure cela a toujours été mon rêve. j’ai moi-même un husky et j’aimerais partager cette passion avec lui. Comment faire… ? Vers qui est ou je dois me diriger pour que à mon tour je puisse le faire. En espérant avoir une réponse de votre part…
    Claire

    1. Bonjour Claire. Merci pour votre message. Je vous souhaite de vivre votre rêve, et je vous encourage à contacter des mushers professionnels qui, mieux que moi qui n’ai passé que 3 semaines dans ce milieu, sauront vous conseiller. J’ai glissé le contact de Christiane dans cet article, peut-être pourriez-vous lui poser vos questions? Bon courage pour la préparation de votre aventure, je vous souhaite ce qu’il y a de meilleur! 🙂

  6. Salut astrid,
    je viens de lire avec grande attention tes récits de ton voyage autour du monde.juste incroyable bravo!
    concernant christiane sais tu si c’est toujours possible de travailler bénévolement chez elle.L’adresse fourni est elle toujours bonne?
    merci pour tout bonne continuation

    1. Coucou,

      Merci! Oui l’adresse fournie est bonne, mais si jamais tu as un souci pour la contacter écris-moi en privé et je transmettrai… Christiane cherche souvent des jeunes pour l’aider, ça pourrait l’intéresser! Bonne continuation à toi aussi 🙂

  7. Bonjour,

    je viens de lire ton article est j’ai trouvé ça passionant ! J’aimerai écrire à la personne qui t’a permis de vivre cette aventure mais l’adresse mail que tu as noté ne marche pas. J’ai pleins de questions à poser car c’est également mon rêve de vivre une aventure comme celle-ci !!
    Si tu peux faire passer un lien pour la contacter ce serait super ! merci et bonne continuation 🙂

  8. formidable ton « reportage » ma Rouma; une vraie pro. comme tu fais bien passer tes émotions ! et tes photos sont splendides. c’est un enchantement. vivement le suite !
    prends un peu de repos avant de continuer
    ton Papi qui t’aime et qui pense bien à toi
    bisous

  9. Ouah Astrid … Comme bien souvent, ton écrit m’a offert une fenêtre vers le rêve…. Hâte de te lire et de t’entendre bientôt ! Prends soin de toi !
    Je t’embrasse…

  10. Superbe expérience et ton récit est très intéressant. 3 semaines dans le froid, ce n’est pas rien mais quand c’est pour faire quelque chose qui nous passionne, ça change la donne ! Merci, j’ai bien aimé te lire.

    1. Merci à toi pour ton message! C’était ma première expérience avec le vrai froid, et finalement lorsqu’on est bien couvert et qu’on reste en activité c’est tout à fait faisable. Je viens de jeter un œil à ton blog, je l’ai trouvé super intéressant! Bonne continuation 🙂

  11. Ouah cela donne très envie de tenter l’expérience! Je pense que c’est toujours bon d’être au contact d’animaux et de la nature et de pourvoir vivre avec des personnes qui savent se contenter de peu matériellement, cela recadre notre façon de voir les choses. J’ai découvert cela lorsque je m’occupais de veaux dans une ferme laitière, ce sont toujours de belles expériences.
    En tout cas rassure-toi, ton récit est suffisant pour rajouter cette expérience à ma liste « must-do ». Le canada est un pays qui me tente beaucoup et je garde ton article et le contact de Christiane précieusement pour le jour où je découvrirais ce pays!
    J’attends ton prochain récit avec impatience pour en savoir plus ton expérience!

    1. Je suis tout à fait d’accord avec toi! Vivre ce genre d’expérience recentre notre vie sur l’essentiel et c’est toujours très enrichissant. Cool pour ton vécu dans une ferme laitière, ça devait être super! Et oui, définitivement, je te conseille de faire un tour au Canada, du moins au Québec, région magnifique et où il fait bon vivre! Bon voyage à toi 🙂

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