Carnet de route d’un voyage sur le pouce, de l’Anatolie Orientale à Istanbul

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Depuis le début de notre aventure le long de la Route de la Soie, José et moi nous sommes embringués dans un véritable ascenseur émotionnel. Pourtant, notre road trip en Turquie vient de tourner une page qui nous a remués vraisemblablement plus que d’habitude. Débarquant de Xi’An le pouce en l’air, nous venons de gagner Istanbul, ville symbolisant à la fois l’orée géographique de notre vieux sol d’Europe, comme un délicat amuse-bouche préliminaire à notre retour à la maison, et l’aboutissement de notre périple étourdissant le long de cet itinéraire mythique, tel un dessert de baklavas régalant nos palais.

Voici donc, sans plus tarder, le récit de notre traversée de la Turquie, soit 1800km depuis le Nord du Kurdistan jusqu’en région de Marmara, en passant par l’Anatolie et l’incontournable Cappadoce, région pour laquelle j’ai eu un béguin gros comme le monde…

Bol d’air en Anatolie Orientale :

L’évocation de certaines contrées pousse à rêver toute âme de voyageur : l’Asie Mineure est l’une d’entre elles, et songeurs, nous accourons nous jeter à son cou. Après avoir franchi la frontière iranienne avec, une fois n’est pas coutume, quelque ombre au tableau, nous roupillons brièvement à Doğubeyazit, puis José et moi longeons le Kurdistan turc par la voie Nord. Nous séjournons plusieurs jours dans la glaciale, mais remarquable et éminente Erzurum, où souffle un vent ténébreux de liberté, une bouffée d’air qui nous avait fait défaut ces dernières semaines.

Ayant pour aspiration de nous rendre dans les environs de Göreme (en Cappadoce), nous sautons de camions enfumés en camions toujours plus enfumés, et filons à toute allure sur la E80, cette quatre voies sinueuse et accidentée, où les chauffeurs routiers nous ballotent avec toute l’amabilité du monde. Ainsi, nous atteignons Sivas, puis pénétrons dans les terres noires et vallonnées d’Anatolie, péninsule la plus Occidentale d’Asie.

Durant tout notre road trip en Turquie, nous sommes assaillis sans relâche de mots de bienvenue, jetés quotidiennement au vent. Maintes fois, l’on nous presse de nous coller dans le gosier une tasse de chaï ou de kahve. S’il me semble que le déclin fulgurant du tourisme, en corrélation avec les évènements récents, incite les habitants à être davantage accueillants, je ne doute pas que le peuple turc, à travers à son histoire et sa culture, ait toujours su ouvrir les bras au voyageur, avec bienveillance, mansuétude et fraternité. Mais un voyage en Anatolie ne serait rien sans un détour par la Cappadoce : les yeux noyés de désir, nous déboulons, au hasard d’une rencontre, dans l’ensorcelante cité d’Ürgüp.

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Jus de grenades fraîchement pressées

Envoûtement en Cappadoce :

La Cappadoce, région située en pleine Anatolie Centrale, fut indubitablement mon grand coup de cœur du voyage. Nous nous attendions tous deux à contempler des paysages lunaires, explorer des maisons troglodytes, et imprimer dans nos rétines les silhouettes élancées des illustres cheminées des fées. En réalité, notre séjour en Kapadokya fut bien plus riche que cela : il fut d’une perfection telle que nous avons été littéralement soufflés. Il fut euphorisant, reconstituant, analeptique.

Ainsi, sous un soleil timoré d’arrière-saison, saisis par ces panoramas aux tons automnaux, nous nous délectons de ce poème géologique, tentant d’en déchiffrer les vers écrits par le temps, par ces millions d’années d’eau et de vent, et magnifiés par ces hommes habiles et ingénieux. Nous nous entichons très vite de la Cappadoce, qui n’a que peu d’efforts à fournir pour nous séduire au plus haut point. Dès le second jour, nous entreprenons une virée à Incesu, en province de Kayseri, où un caravansérail relativement bien rénové a subsisté au temps. C’est bien évidemment en auto-stop que nous nous rendons sur place : assis inconfortablement dans la remorque d’un tracteur – pour notre plus grand plaisir – nous serpentons, pneumatiques rivés aux lacets, entre monts enneigés et coteaux désertés, avant de tomber subitement en rade. Qu’importe, notre métayer donne un coup de bigo à son compère nommé Mafia, un chic type qui sans plus attendre, nous tracte à l’aide d’un engin agricole.

Notre retour au bercail est beaucoup moins distrayant, puisque nos différents conducteurs s’organisent entre eux pour nous reconduire à Ürgüp : du cinq étoiles à la mode ottomane.

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Le jour où j’ai atteint le septième ciel

Le lendemain, nous randonnons dans les environs de Göreme, entre les vallées Rose, Rouge, et celle des Épées. Châteaux et édifices religieux ancestraux creusés à flanc de falaise, pics montagneux à la physionomie renversante, pigeonniers immémoriaux, canyons psychédéliques : nous nous laissons prendre au séduisant piège de cet Éden rocailleux amendé par l’Homme. De surcroît, les ramilles roussâtres des arbrisseaux, les nuances sable et pastel de la roche, les tons fauve de cette représentation théâtrale admirablement orchestrée, et émaillée par la clarté tamisée des derniers rayonnements du jour, achèvent de rendre notre cavalcade féerique et enchanteresse.

Flânant au sein de ces vestiges témoins de l’Histoire, nous plongeons dans un autre temps lorsque nous pénétrons dans l’antre de ces habitations excavées. Si quelques unes de ces maisons troglodytes ont été détériorées au fil des décennies, certaines sont aujourd’hui encore ornées de peintures murales et conservent quelque mobilier d’époque. De toutes les sessions URBEX que j’ai pu faire, ces villages abandonnés de Cappadoce ont été les plus fascinants : je me suis mise à rêver ces lieux grouillant de vie, apercevant l’ombre fuyante de gamins enjambant quatre à quatre les escaliers, esquissant l’image de braises incandescentes faisant bouillir la marmite.

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Longue promenade autour d’Ürgüp

Mélancolie à Istanbul :

Nous sommes cependant contraints de tourner les talons à la Cappadoce, la fin d’année pointant son nez, nos proches nous attendant de pied ferme autour de la table familiale. Nous nous positionnons à la sortie d’Ürgüp, et un jeune étourneau bat le record de vitesse de l’intégralité de notre voyage : nous flirtons avec la barre des 182km/h, et afin d’honorer cette insouciante performance, j’attache fébrilement ma ceinture, cramponnée à l’arrière, pile poil à la place du mort. Un routier nous achemine ensuite à Ankara, où nous sommes récupérés en banlieue par un nouveau conducteur, ce dernier nous lâchant à Bolu. Tout au long de la journée, nos bienfaiteurs nous ont gavés de cigarettes, de bières et de vin rouge : nous voyageons avec un esprit sain dans un corps sain. La nuit s’est abattue sur nos épaules, et la température pétrifiante nous paralyse aussi sec. Ne nous hasardant pas à bivouaquer dans cet environnement polaire, nous trouvons refuge dans une gare routière sordide, où nous comptons les heures nous séparant de l’aube avachis sur un banc, à l’abri du gel et des démons de la nuit.

Au petit matin, nous sommes courtoisement délogés, et le brouillard est tel qu’il nous semble impossible de faire du stop, ne bénéficiant d’aucune visibilité. Toutefois, un péage autoroutier étant accessible à pied, nous tentons notre chance et sommes arrachés du froid in-extremis, par un attachant grand-père. Enfin, un routier nous conduit à Istanbul, le loustic est très loquace, bien que nous n’ayons pas même une vague idée du sujet de la discussion.

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Fin de notre road trip en Turquie : nous apercevons la célèbre Galata Tower !

Isik, une amie de José, nous retrouve et nous héberge quatre nuits dans sa charmante maisonnette située dans l’un des vieux quartiers historiques d’Istanbul, sur la rive Orientale. Parvenus aux portes de l’Europe, la providence a voulu que nous persistions quelques jours de plus en Asie, comme si traverser le Bosphore signifiait franchir un ultime cap avant de rentrer à la maison.

Istanbul, mégapole tentaculaire unique, ville contemporaine et captivante. Constantinople, cité phare imprégnée d’Histoire, située aux confins de deux monde. Nous y flânons le nez au vent, nous laissant bercer par cette atmosphère stambouliote inimitable, depuis la mosquée Sultanahmet jusqu’à la basilique Sainte-Sophie, du palais de Topkapi à la place Taksim, de la tour Galata au grand bazar. Nous nous égarons ainsi dans les venelles gorgées de lumière de ce dernier, admirant les kilims, les bijoux et les étoffes, humant les effluves de chaï, de narghilehs et d’épices me rappelant mon récent voyage dans le Caucase, buvant à grandes goulées des jus de grenade sanguinolents, engloutissant des simit au sésame ou aux graines de tournesol : c’est donc cela, Byzance. Nous n’omettons pas de caresser quelques sacro-saints félins, car Istanbul appartient avant tout aux chats, avant de tenir la grappe à quelques pêcheurs, puis nous embarquons sur le traversier afin de regagner la rive asiatique une dernière fois.

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Visite du gigantesque bazar d’Istanbul

Pourtant, après ces quelques jours d’errance heureuse, je dois à nouveau quitter José et prendre la route, car je prévois de faire le tour du Péloponnèse avant de regagner les miens. Notre road trip en Turquie prend fin sur cette note heureuse, et plus encore, c’est notre voyage le long de la Route de la Soie qui aboutit ainsi, de la plus exquise manière qui soit. J’en profite pour embrasser très fort José, le meilleur compagnon de voyage qui soit, et lui souhaiter le plus beau des anniversaires…

Explorer, cela signifie trouver des réponses et revenir les partager avec les autres.

Mike Horn, Vouloir toucher les étoiles

Préparer un road trip en Turquie :

Voyager dans ce pays est relativement simple, et peu coûteux. Voici toutefois quelques conseils précis, afin de vous permettre de préparer au mieux votre road trip en Turquie :

  • Budget : Bien évidemment, tout dépend du moyen de transport que vous choisissez, du type d’hébergement ainsi que de vos habitudes quotidiennes. Pour information, un repas en ville coûte entre 1 et 10€, une nuit d’hôtel entre 5 et 50€, et le bus est abordable (mais je ne connais pas les prix exacts, ayant fait du stop).
  • Où dormir : Si vous planifiez actuellement votre road trip en Turquie, n’oubliez pas de réserver à l’avance votre hôtel afin de bénéficier du meilleur prix, ou jetez un œil au site AirBnB et obtenez une réduction de 25€ pour toute première réservation en passant par mon lien !
  • Itinéraire et état des routes : L’ensemble du réseau routier principal est en excellent état, mais attention, les turcs conduisent vite et il n’est pas rare de trouver des obstacles au beau milieu des voies ! Quand aux routes secondaires, elles sont également relativement bien entretenues. Information supplémentaire : si sur la carte, les distances peuvent vous paraître courtes, cela est trompeur, la Turquie est un vaste pays, prévoyez suffisamment de jours pour profiter pleinement de votre séjour, ou réduisez le nombre d’escales.
  • Climat : Dans cette région du monde, il fait très chaud l’été comme vraiment froid l’hiver. N’oubliez pas d’apporter avec vous une tenue adéquate, et un équipement adapté si vous comptez camper.
  • Zones à éviter : La situation étant compliquée dans certaines régions éloignées du pays, je vous recommande de lire les conseils aux voyageurs dispensés par le Ministère des Affaires étrangères, qui bien qu’à prendre avec des pincettes, sont toutefois importants à connaître avant votre départ.
  • Faire du stop : Retrouvez tous mes conseils pour faire de l’auto-stop en Turquie, et ajoutez les vôtres si j’ai omis certains points !
  • Autres ressources : Pour compléter l’itinéraire de votre road trip en Turquie, n’oubliez pas de faire un détour par l’une des plages du pays, comme celle de Patara (récit relaté sur le blog Carnets de Traverse), et au cas où vous ne seriez pas déjà convaincus, voici 10 bonnes raisons de découvrir Istanbul (par Travel Me Happy). Bien évidemment, bien d’autres sites turcs méritent que l’on y porte attention, je vous incite d’ailleurs à partager avec nous vos coups de cœur dans les commentaires !

Ainsi s’achève notre longue aventure le long de la Route de la Soie, et c’est rompus mais plus souriants que jamais que dès demain, je franchirai la frontière grecque, et célèbrerai mon entrée sur les terres d’Europe continentale…

Enfin, pour aller plus loin, n’hésitez pas à retrouver l’intégralité de mes récits de voyage, ainsi que toutes les aventures vécues durant mes quatre ans de tour du monde, celles spécifiques à la région des Balkans, et la philosophie de ma vie nomade. Et vous, dites-moi, un road trip en Turquie, ça vous tenterait ?

 

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