Virée inopinée dans le Caucase, entre montagnes et capitales historiques

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Depuis mon dernier article et ma visite du cimetière de bateaux de Moynaq, nombreux ont été les épisodes tumultueux. Suite au refus de ma demande de visa turkmène, j’ai été contrainte d’emprunter le ferry reliant Aktau (Kazakhstan) à Bakou (Azerbaïdjan). L’occasion pour moi d’effectuer une petite virée dans la région du Caucase et finalement, c’est enchantée par ce ravissant détour que je m’apprête désormais à franchir la frontière iranienne. Voici le récit de mon voyage dans le Caucase, de Bakou à Erevan en passant par Tbilissi, entre montagnes et capitales historiques…

Bakou, la Dubaï de la Caspienne :

Avant tout, débarquer à Bakou après plusieurs mois d’auto-stop en Chine et dans les Stans, c’est essuyer un choc culturel en pleine pomme. Si la petite Dubaï de la mer Caspienne est située en Asie, on y respire pourtant l’Europe à pleins poumons.

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Promenade dans Bakou, le long de la Caspienne

Quelques anciens caravansérails, rappelant au voyageur qu’il se trouve toujours sur la route de la Soie, mêlés à une architecture soviétique imposante et austère, ainsi qu’à de luxueuses boutiques enguirlandant le centre-ville, n’ont cessé de me donner le tournis. Aux portes de la cité, l’or noir est extrait du sol dans une véritable débauche de puits de pétrole, tandis qu’en son cœur historique, de vastes treilles suspendues dans des ruelles pittoresques poussent le musard à s’y abîmer sans retenue. C’est entre ces palais mauresques, gothiques et rococos que pour la première fois du périple, je ressens une petite brise d’Europe me flatter les naseaux, comme si ce voyage dans le Caucase n’était qu’un préambule à mon retour en France secrètement convoité.

Mais avant de m’engouffrer jusqu’à la moelle dans les terres du vieux continent, je me laisse balloter un brin plus longtemps par les contrastes notoires qui prodiguent à Bakou tout son raffinement : les appels à la prière des muezzins, le flot continu de taxis londoniens dans les boulevards, les relents suaves et éthérés émanant des bars à chichas, les mélodies nostalgiques chatouillées sur les cordes des musiciens de rue, les lumières de la ville brillant sous les feux des trois Flame Towers, les éclats de rire des joueurs de backgammon enracinés dans l’ombre des arbres centenaires, et les ronronnements des chats goûtant de tout leur soûl aux caresses exquises des amoureux silencieux.

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Les joies de tout voyage dans le Caucase : les bazars ! Sur la photo, celui de Taza, à Bakou

Ainsi, durant près d’une semaine, j’emmagasine soigneusement ces quelques bouffées de vie, avant de déserter la ville des vents, qui me susurre langoureusement à l’oreille de poursuivre mon chemin vers la Géorgie.

Tbilissi, un pont vers l’Occident :

Mon voyage dans le Caucase se poursuit donc en direction de Tbilissi. La route que j’emprunte, et qui passe par Ganja, Gazakh puis Rustavi, se situe en réalité entre le Grand et le Petit Caucase. Ici, pas de montagnes ou peu, mais des plaines herbeuses et verdoyantes s’étalant à perte de vue. Je me frotte aujourd’hui à de drôles de personnages, ce qui fâcheusement, me semble ces dernières semaines récurent à en devenir incommode.

Toutefois, une patrouille de police me donne un fameux coup de pouce en m’acheminant au plus loin sur la M4, puis un ultime chauffeur, qui me conduira jusqu’à Tbilissi en véritable gentilhomme, achèvera de me flanquer du baume au cœur. Sur place, je retrouve un ami motard qui vient de réaliser un road trip légendaire, ralliant la Roumanie au Japon à travers la Russie : de quoi écouter en sa compagnie de fameux récits d’aventure ! Avec l’ardeur de Jack Kerouac, l’innocence de Christopher Mc Candless, mais dans les pas de Michel Strogoff, Valentin me fait toucher du doigt, soir après soir et par procuration, la magie des étoiles qu’il a côtoyées sur la route durant ces dix-huit mois de poussière et de liberté, sur ces montagnes russes, comme il aime le souligner.

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Vue sur Tbilissi depuis le château Narikala

Durant quatre jours, Tbilissi ne cesse de nous décontenancer : nous sommes bien loin de l’Asie telle que nous aimons communément l’inventer. Il y a encore quelques temps, lorsque je me prenais à rêver de contrées orientales, je fantasmais Bagan en Birmanie, le Mékong au Laos ou le désert de Gobi en Chine. Le carcan de mon imagination ne laissait alors aucune place à ce levant bâti de vieilles pierres, soutenant des balcons de bois bigarrés, le tout placé sous le joug d’une forteresse paraissant inébranlable, dominant la cité. Assis sur le parapet de cette bastide sans âge, face à ce soleil fuchsia qui se dérobe sous nos yeux, nous étanchons notre soif d’Europe, trinquant à l’eau salutaire de ce retour aux sources providentiel.

Chaque fois qu’elle se retrouvait immobile, à contempler un spectacle, elle avait la sensation de gaspiller un temps précieux, en ne faisant pas certaines choses, en ne rencontrant pas certaines personnes ; elle se disait toujours qu’elle aurait pu mettre son temps à profit autrement, ayant encore beaucoup à apprendre. Cependant, à mesure que le soleil s’approchait de l’horizon et que les nuages se remplissaient de rayons dorés et roses, Brida avait la sensation de n’avoir lutté dans la vie que pour pouvoir un jour s’asseoir et contempler un coucher de soleil pareil à celui-là.

Tiré de Brida, un livre de Paolo Coelho

Certes, je suis encore loin du pays de mon enfance : les toits rougeauds des bains Orbeliani, l’ancien siège du KGB soviétique ainsi que le défilé ininterrompu de marchroutkas jaunâtres et surannées, m’ôtent sans ambages ni merci toute effluve égarée de madeleine de Proust. Pourtant, si j’ai bel et bien les deux pattes en Asie, la caboche n’y est plus. Ma douce France est désormais à portée de main, et recevant cette soudaine taloche qui m’arrache de mon songe éveillé, je prends conscience que mon retour parmi les miens est plus que jamais imminent.

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Sur les marches de la cathédrale de la Trinité, à Tbilissi

Il ne me reste qu’à me laisser porter vers l’Arménie, l’Iran puis la Turquie ; je frapperai alors aux portes de Schengen la poitrine serrée, les paumes moites, le cœur emballé.

Erevan, de briques et de blocs :

Je quitte Tbilissi comme on quitte une amie, affectée de lui tourner le dos, mais heureuse d’avoir prêté l’oreille à certains de ses secrets. Mon éphémère voyage dans le Caucase touche à sa fin, mais avant de prendre la route pour de bon et d’adresser mes adieux à cette région que j’ai aimée plus que d’ordinaire, je compte bien faire halte à Erevan.

Entre deux averses, je gagne la banlieue de la capitale géorgienne, lève le pouce bien haut, et file droit vers le Sud. Cette journée semble être placée sous le signe de la galanterie car les différents conducteurs que je rencontre me prennent tous sous leur aile : courtois, obligeants et bienséants, de quoi me faire regretter (ou presque) de parvenir si vite à bon port !

Me voilà arpentant le nombril de l’Arménie, pays de cœur d’Aznavour, dont les mots tendres qu’il évoque en moi trouvent ici peu d’écho : les bâtiments imposants, héritiers d’une époque soviétique à l’architecture sans apparat, ne laissent que peu de place à un éventuel élan poétique.

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I love Yerevan too !

Après quelques jours d’errance hasardeuse, je trouve tout de même bonheur en admirant la célèbre mosquée bleue, modeste et charmante à la fois, ainsi qu’en flânant dans les allées du Vernissage, l’un des marchés de la capitale. J’y rejoins d’ailleurs Valentin, qui depuis quelques temps, me rattrape à moto à chaque étape. Cependant, toutes les bonnes choses ont une fin et nos chemins se séparent avec regret à Erevan : je pars en stop vers l’Iran qui se dresse face à moi, et c’est à corps perdu que je me lance à la poursuite de ce nouveau rêve…

Voyage dans le Caucase et auto-stop :

Il est relativement facile de voyager dans cette région du monde en stop. Toutefois, voici quelques informations qui pourront être utiles à celles et ceux qui souhaiteraient tenter l’aventure :

  • L’itinéraire et l’état des routes : Si vous comptez relier les trois capitales, sachez que les routes sont toutes en bon état. Attention, à l’heure où j’écris cet article, il est impossible de franchir la frontière Arménie/Azerbaïdjan. Pour plus de renseignements rendez-vous sur le site du ministère des affaires étrangères.
  • L’argent : Il est possible de changer des devises aux postes de frontières terrestres. Sachez toutefois que les taux y sont bien moins intéressants qu’en ville.
  • La police : Que des expériences positives durant mon voyage dans le Caucase, ce qui reste assez personnel et n’est pas forcément représentatif. Si tel ne fut pas votre cas, dites-le nous ci-dessous !
  • Le matériel : Pour vous lancer, pas besoin d’équipement spécifique. Cependant, pour faciliter votre aventure, n’hésitez pas à apporter avec vous un marqueur de qualité (voire une ardoise Velleda, pour écrire de jolis panneaux), un gilet jaune réfléchissant et une lampe de poche puissante (pour la nuit), un long chèche, une discrète sacoche de sécurité (pour ranger votre passeport et votre argent), une housse imperméable (pour votre sac, selon la saison), un chargeur portable (utile si vous utilisez beaucoup Maps Me) ainsi que l’indispensable livret G’Palémo (guide illustré permettant de vous faire comprendre aisément si vous ne parlez pas la langue).
  • Être une femme seule : Je l’avais récemment constaté ces derniers mois en Asie Centrale, et il en fut de même durant mon voyage dans le Caucase, sachez qu’en tant qu’auto-stoppeuse seule, mesdames, les hommes peuvent être ici assez lourds. Souvent rien de bien méchant, mais beaucoup de ces messieurs sont suffisamment pesants pour vous faire grincer des dents.
  • Autres ressources : Pour plus d’informations, je vous laisse lire mon guide pour faire du stop, ainsi que tous mes articles et conseils consacrés à la pratique de l’auto-stop.

Si j’avais pu prévoir cette escapade à l’avance, je lui aurais consacrée plus de temps. Une quinzaine de jours n’a pas été suffisante pour m’émerveiller face aux joyaux dont regorgeaient les environs. Alors, à travers les hublots des habitacles qui m’ont transportée, kilomètre après kilomètre, je me suis promise de revenir un jour fouler ce sol caucasien, en humer les parfums contraires, et surtout pouvoir y flâner sans la sujétion du sablier.

En attendant, pour aller plus loin, je vous invite à découvrir mes autres récits de voyage, ainsi que l’intégralité des articles relatant mon tour du monde, et la philosophie de ma vie nomade. Enfin, si vous avez également eu la chance d’effectuer un voyage dans le Caucase, n’hésitez pas à partager cette expérience avec nous dans les commentaires ci-dessous !

5 thoughts on “Virée inopinée dans le Caucase, entre montagnes et capitales historiques”

  1. Il semblerait que je laisse un commentaire sur chacun de tes nouveaux articles… Que veux-tu?! Tu racontes des destinations qui me parlent 😉

    J’ai découvert le Caucase (Géorgie-Azerbaïdjan) il y a presque 3 ans. J’ai adoré la Géorgie. Tbilissi et ses balcons m’ont laissée sous le charme. Avec l’Azerbaïdjan, j’ai moins accroché. Mais je pense qu’il fait partie de ces pays auxquels je devrais donner une seconde chance. Puis, il y a l’Arménie, qui me fait de l’œil aussi. Comme toi, j’ai visité la région un peu par « hasard », un concours de circonstances. Et, comme toi, j’ai bien l’intention d’y revenir un jour!

    Bonne route en Iran 🙂

    1. Merci Margaux pour ton message ! Ce que tu m’écris me fait penser à mon premier voyage en Thaïlande, j’avais eu le culot de ne pas apprécier mon séjour sur place comme je l’avais souhaité 😉 Et en effet, une seconde virée sur place m’a donné l’occasion de revoir mon jugement et de passer de supers moments. C’est tout ce que je te souhaite au sujet de l’Azerbaïdjan !

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