De la Grèce à l’Italie en bateau-stop…

Accompagnée d’Emily, une amie auto-stoppeuse, nous décidons de traverser l’Adriatique en bateau-stop. Parce que c’est cool, et surtout parce qu’on nous a dit que c’était compliqué, voire impossible. Suite à notre mémorable aventure en stop depuis Istanbul pour gagner Athènes, puis après avoir vadrouillé un peu dans le Péloponnèse, il était déjà temps pour nous de prendre le large…

Nous souhaitions partir demain matin à Dürres  pour visiter l’Albanie, mais nous sommes fatiguées et j’ai attrapé un rhume ces derniers jours. Sortir de Patras en stop, franchir la frontière et parcourir plus de 500km le pouce en l’air ne nous semble pas être l’idée la plus reposante.

Nous terminons notre verre de vin, et nous nous regardons l’air de dire t’en penses quoi, toi ? Finalement, sur un coup de tête, nous décidons de tenter notre chance pour l’Italie, depuis le port de Patras, où il nous semble possible de faire du bateau-stop. Demain, ça sera donc Igoumenitsa, Bari, Ancona ou Brindisi, principales destinations desservies depuis Patras. Nous ne ferons pas les difficiles, si quelqu’un nous emmène, nous serons comblées !

J’avais déjà fait du bateau-stop, pour passer la frontière entre la Zambie et le Botswana, et cela s’était avéré être relativement facile. En Grèce, nous nous attendons à devoir relever un défi un peu plus compliqué, mais c’est tant mieux car sans challenge, l’aventure serait bien fade, non ?

Nous arrivons au port de Patras en milieu de journée, les ferries pour l’Italie ne partent qu’en fin d’après-midi. Je fais le tour des compagnies maritimes et leur demande directement s’il est possible d’obtenir un billet gratuit (ben oui, on ne sait jamais !) ou une réduction, et contre toute attente j’obtiens 30 % de rabais sur chacun des billets.

ferry bateau stop
Le ferry qui nous conduira en Italie

Ça, c’était le plan A, mais il doit bien exister une meilleure solution. Nous gardons cette option en tête et nous passons au plan B. À l’aide d’un panneau, je vais à la rencontre des conducteurs de camions, et je leur demande directement s’il est possible de bénéficier de leur second ticket (de nombreux chauffeurs ont un second ticket destiné à leur copilote, même s’ils voyagent seuls). J’ai quelques pistes, mais la démarche n’aboutit pas.

Nous tentons alors le plan C : je m’assois à l’entrée du port, je pose un panneau sur le sol et je me mets à jouer de la guitare, en me disant qu’un chauffeur routier pourrait trouver agréable de voyager avec une musicienne, qui sait ? C’est un peu comme jouer de la musique dans la rue, et les passants semblent apprécier l’animation. Miraculeusement, cela fonctionne en quelques dizaines de minutes. Marc, un conducteur grec, qui ne parle pourtant presque pas anglais, nous fait bénéficier de son second billet pour Ancona. Nous partirons donc ce soir, un peu au hasard, à Ancona !

Toutefois, comme nous sommes deux passagères, nous devons acheter un second ticket auprès de la même compagnie, mais nous profitons des -30 %. Nous nous en sortons plutôt bien, d’autant plus que cela ne nous aura nécessité que quelques heures.

bateau stop patras
Ça a fonctionné pour le bateau-stop !

Marc nous invite à manger et à boire quelques verres, en refusant catégoriquement tout remerciement, et toute participation de notre part. Il est notre ange gardien du jour. Sa cabine est spacieuse et il nous offre même de dormir sur deux lits superposés, nous n’imaginions pas avoir autant de confort ce soir ! Il est par ailleurs très galant et réservé, et disparaît en un clin d’œil lorsqu’il comprend que nous nous apprêtons à nous changer ou à nous doucher. Nous passons une excellente soirée en sa compagnie, il se couche ensuite assez tôt.

Le ferry est assez luxueux. Prises dans cette euphorie, nous faisons le tour de cet hôtel flottant, et la soirée est riche en surprises. Contrairement à nous qui nous écroulons finalement de fatigue sur nos couchettes, nous avons cette fois encore la preuve que notre karma ne s’endort jamais…

La plupart des passagers qui ont embarqué à Patras nous ont vues faire du bateau-stop en jouant de la guitare, ce qui en a bien sûr surpris plus d’un. Comme j’ai aussi parlé à la totalité des conducteurs de camions lorsque nous étions encore au port, pour leur demander un coup de pouce, nous ne passons pas inaperçues sur le ferry  : c’est toujours un peu comme ça lorsque l’on essaie de sortir des sentiers battus.

Tout le monde nous salue lorsque que nous traversons couloirs et pontons, et notre traversée semble être totalement décalée. Beaucoup veulent connaître notre histoire et les questions fusent, dans un mélange d’un peu toutes les langues européennes. Nous tentons de comprendre et de répondre au mieux, ce qui entraîne beaucoup d’éclats de rire. Plus tard, nous posons à nos côtés un panneau Roma, car peut-être certains des passagers partiront directement pour la capitale à l’arrivée du bateau.

autostop sur le bateau
Autostop sur le bateau : on ne sait jamais !

La nébuleuse dans laquelle nous flottons nous remémore nos anciennes colonies de vacances, vous savez, ces moments que l’on souhaiterait ne jamais voir finir.

Un grec expatrié à Clermont-Ferrand traduit pour nous un mot de remerciement que nous cachons dans le sac à dos de Marc, accompagné d’une tablette de chocolat au caramel, insignifiante attention comparée à la générosité de ce dernier. Arrivées à Ancona vers vingt-deux heures, et n’ayant trouvé aucune voiture pour Rome, nous décidons de lever le pouce et de tenter notre chance à la sortie même du ferry, tout près du pont où sortent les voitures en file indienne.

Un conducteur bulgare qui voyage de nuit nous invite à grimper avec lui. Après une demi-heure de route, quelqu’un toque sur la paroi arrière du camion. Nous nous arrêtons et découvrons un passager clandestin, caché entre quelques cartons. Syrien, afghan, nous ne savons pas vraiment d’où il vient. Il s’enfuit en courant dès l’ouverture des portes, au beau milieu d’une forêt. Sans bagages et sans vêtements chauds, il lui faudra encore surmonter bien des épreuves. Nous dormons cette nuit encore dans un camion, mais plus que d’habitude, nous sommes conscientes de la chance que nous avons de voyager librement.

Nous arriverons à Rome le lendemain, ce qui marquera le début de mille nouvelles aventures en auto-stop en Italie

sur le ferry
Sur le ferry, à travers le hublot

Ces quelques lignes ne reflètent pas vraiment l’étendue de la gentillesse que nous avons reçue à bord de ce ferry, sur lequel nous avons embarqué un peu au hasard. En débarquant à Ancona, nous hésitions presque à faire du stop en sens inverse…

D’ailleurs, quelques mois plus tard, c’est le détroit de Gibraltar que je traverserai en bateau-stop, une autre aventure digne de ce nom ! Enfin, pour aller plus loin, n’hésitez pas à retrouver l’intégralité de mes récits de voyage, ainsi que tous mes articles consacrés à la pratique de l’auto-stop, notamment mon carnet de route concernant ma traversée de la Grèce en auto-stop ! Et vous, faire du bateau-stop, ça vous tenterait ?

2 thoughts on “De la Grèce à l’Italie en bateau-stop…”

  1. Salut … C’est avec un immense plaisir que je lis tes aventures un peu plus en détails . J’espère que les retrouvailles avec ta famille se sont passées mieux encore que tes espérances 🙂
    Je vais continuer à te suivre ….
    Christelle . Ton trajet Riom – Orléans

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