Dernier trajet de mon tour du monde en stop, de Rome à Orléans

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Je quitte Rome et l’Italie. Je dis adieu à la dolce vita, à la vie nomade, et à ma belle Last Factory. Noël arrive à grands pas et j’ai bien envie de faire moi aussi partie du tableau : sourires éméchés, dinde aux marrons, chaussons qui attendent sous le sapin et chien dodu qui dort dans son coin. Je jette un œil sur Internet afin de repérer mon itinéraire, 1500 km porte à porte, ça devrait aller ! je m’inquiète seulement au sujet de la traversée des Alpes, car la nuit il fera sûrement froid. Voici le récit de mon périple en auto-stop en Italie, ainsi que quelques conseils…

Quitter Rome en auto-stop :

Pour échapper aux tentacules de la capitale, je choisis de prendre un train pour Orvieto, à une centaine de kilomètres au Nord. Un peu loin, mais j’ai déjà quitté Rome trois fois en stop et j’ai systématiquement eu des soucis, quelle que soit la solution choisie. Aujourd’hui, je vais faire simple car j’aimerais bien avancer un peu plus vite que d’habitude !

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Orvieto : cette ville me rappelle un vieux souvenir !

Enfin, ma nouvelle aventure en auto-stop en Italie commence : à Orvieto, un guitariste de vingt-huit ans me conduit jusqu’à Florence. Demain, il terminera ses examens universitaires et plaquera tout pour changer de vie. Drôle de rencontre. Un conducteur roumain me récupère ensuite sur une aire d’autoroute, accompagné de son fils de quatre ans qui me fait de grands sourires. Après deux heures de route, je m’endors fatalement sur l’épaule du petit, qui en fait de même sur la mienne, n’est-ce pas mignon ? Cet homme possède un bel hôtel et m’invite à y passer la nuit gratuitement, mais ma journée étant placée sous une bonne étoile, je décide toutefois de poursuivre ma route.

Je descends sur une station service vers Piacenza, la nuit est tombée, le froid aussi. J’arpente les allées du parking, munie de mon panneau ho viaggiato per il mondo, vorrei tornare dalla mia famiglia per natale, censé vouloir dire que j’aimerais rentrer voir ma famille pour Noël après avoir fait le tour du monde. On m’interpelle, on me questionne, et ça fonctionne !

Un groupe de retraités italiens décide de me prendre sous son aile. Tous font partie d’un club de motards, mais sont exceptionnellement sortis en bus ce soir, pour aller fêter la fin de l’année au restaurant. Ils rentrent vers Turin, et demandent au chauffeur de me faire grimper discrètement à l’intérieur du car.

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« Je voyage autour du monde et je voudrais rentrer voir ma famille pour Noël »

Nuit épique vers Turin :

Me voilà donc entourée d’une trentaine de grands-parents, tous plus adorables avec moi les uns que les autres. Seul un couple parle français, leurs traductions filent à toute vitesse, au rythme des questions qui fusent. Quelques chocolats et de gros bisous sur les joues plus tard, me voici en banlieue de Turin, après une superbe journée d’auto-stop en Italie : la belle vie ! Un homme décide de prendre sa voiture et de me conduire sur une aire réservée aux camions à l’extérieur de l’agglomération, afin de me faciliter les choses. Les poids lourds sont nombreux, mais tout le monde semble déjà dormir. Il est vingt-deux heures, la température est négative, il n’y a pas un bruit, je suis toute seule et j’ai froid. Décider de voyager léger, c’est aussi parfois dormir dehors. Bon. Je sors un sandwich de mon sac et mange mon dîner en me disant que ma bonne étoile ne devrait pas tarder à se montrer. Enfin je pense. Enfin j’espère…

J’étais le pire clochard que la terre eût porté. Une lumière de diamant m’éblouissait.

Jack Kerouac, Les clochards célestes

À peine le temps de terminer mon morceau de pain qu’un chauffeur sort d’un camion, et vient à ma rencontre. Il ne parle que bulgare, mais me fait comprendre assez facilement sa question, quelque chose du genre : Mais qu’est ce que tu fous là toi ? ? ? Je tente de lui expliquer que je suis une auto-stoppeuse et que j’attends le lendemain matin, afin de lever les voiles avec l’hypothétique premier camion qui partirait pour la France. Ni une ni deux – et sans demander mon avis – il saisit mon sac à dos, le jette dans la cabine de son camion et me fait grimper fissa !

Il déplie une seconde banquette, me fait signe de m’allonger, éteint les lumières et me dit une phrase en bulgare, pour me souhaiter bonne nuit (enfin j’imagine). Il fait très chaud à l’intérieur du camion, je me sens bien chanceuse d’avoir été repêchée du grand froid à la dernière minute. Le chauffeur fume cigarette sur cigarette, une dizaine d’affilée, vêtu d’un caleçon uniquement. Je fais mine de dormir, mais la situation est tellement incongrue que je ne ferme qu’un œil. Vers deux heures du matin et après qu’il ait fait de même, je finis par sombrer, épuisée.

Cinq heures, le réveil sonne. Le chauffeur me tend un grand verre de cognac et m’explique qu’il faut le boire d’une traite, à la mode bulgare. Euh… Merci mais ça va ! Ah si ? Je dois, vraiment ? Bon… Ben, santé ! Je ferme les yeux et avale donc ce petit déjeuner inattendu. Waouh, ça brûle ce truc… J’aime sortir des sentiers battus, mais tout de même ! L’homme saisit ensuite mon sac et me fait mine de le suivre. Il me fait monter dans le camion d’un ami, puis disparaît. Je reste deux heures avec son collègue, qui cette fois m’offre un bon café chaud, et j’apprécie réellement. On me demande ensuite de déménager dans un troisième camion, toujours bulgare, j’attends encore deux heures et c’est finalement ce dernier véhicule qui me fera quitter Turin. Les chauffeurs s’étaient organisés entre eux pour que je n’attende pas dehors, et ont pris soin de moi comme si j’avais été leur fille, malgré le fait que nous ne parlions aucune langue en commun. Même le repas du midi restera mémorable. J’ai aujourd’hui une immense pensée à leur égard.

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Un pique-nique bulgare légendaire !

Fréjus, et le retour en France :

Je reprends la route. Nous parlons en langage des signes, ce qui est peu rassurant car le chauffeur est censé avoir les deux mains posées sur son volant, mais c’est tout de même bien amusant. Le tunnel de Fréjus apparaît devant nos yeux. Après ces treize kilomètres d’obscurité, nous serons en France. Une pointe d’émotion commence à se faire sentir.

En arrivant au bout du tunnel, je verse quelques larmes, de joie, de fatigue, de je ne sais trop quoi. Le chauffeur routier ne doit pas bien comprendre pourquoi je pleure, mais je lui fais signe que tout va bien.

Quand j’y repense, cela devait être plutôt comique : imaginez une fille pleurant, et vous faisant de grands signes pour vous expliquer que tout va bien. Mais ça tourne pas rond chez elle ou quoi ? ? ?

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Les aires de service : la clé de la réussite de l’auto-stop en Italie

Le conducteur me dépose vers Lyon, et ma traversée de la France en auto-stop se poursuit. Un jeune couple de français me conduit jusqu’à Riom en Auvergne, où mon grand-père doit venir me chercher à une sortie d’autoroute. J’attends donc mon Papi au péage, émue et impatiente. Ce dernier me retrouve, et même si j’ai l’impression d’arriver tout droit d’une autre planète, je suis plus qu’heureuse d’être là.

Les retrouvailles avec ma famille :

En Auvergne, je me repose, j’atterris un peu et je fais la connaissance d’Annick, qui suit mon blog voyage de très près. Cette dernière se joint à nous pour un repas, apporte une liste où elle a minutieusement noté quelques questions, et semble déjà tout savoir de mon voyage. Je suis très touchée de la rencontrer, et comme je suis sûre qu’elle lira cet article, je lui adresse toute mon amitié.

Mais il est déjà temps pour moi de rentrer à Orléans, où habite le reste de ma famille. Personne n’est au courant de mon arrivée, tous me croient encore en Italie. On me dépose à l’entrée de l’autoroute et coup de chance, je rencontre Christelle qui se rend également à Orléans. Nous discutons tout au long des 300 km de route qu’il nous faut parcourir, et je passe un excellent moment en sa compagnie.

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Heureusement, je n’attends pas trop longtemps dans ce froid glacial

Les derniers kilomètres semblent être les plus longs. J’ai du mal à réaliser que dans quelques minutes, j’aurais bouclé la boucle. Je reste figée devant chaque panneau indiquant Orléans. Ma conductrice me sourit. J’arrive enfin… L’angoisse du retour de voyage commence à se faire ressentir.

J’ai appris que ma Maman devrait se trouver à la gare vers midi et demi, je me dépêche pour être à l’heure, afin de l’attendre sur le quai et lui faire la surprise, ma guitare et mon sac sur le dos. Son train arrive. Il me semble être le train le plus lent du monde ! Le quai est bondé, et je cherche de tous côtés où se trouve ma Maman. Ah. La voilà. Elle ne m’a pas encore vue. Je me cache sur le côté, j’attends qu’elle se rapproche un peu puis vais à sa rencontre. Elle me voit. Elle sourit, mais ne comprend pas bien ce qui se passe. Elle me prend dans ses bras et ne cesse de répéter qu’elle est contente de me voir, sans vraiment réaliser. La foule défile autour de nous, mais nous avons l’impression d’être figées dans le temps.

J’emprunte la voiture familiale et vais dans la foulée embrasser mon Papa. En chemin, je croise ce dernier au volant de son véhicule, et en sens inverse ! Je fais immédiatement demi-tour et lui adresse de grands appels de phares. Il se gare, mais ne saisit pas que c’est moi qui le suit ainsi. Nous sortons de nos habitacles et il comprend alors que je suis rentrée. Les larmes aux yeux, il m’embrasse tendrement. Nous sommes en plein milieu de la route, mais qu’importe, le monde vient encore de cesser de tourner.

Impossible d’achever cet interminable road trip sans aller embrasser mon plus grand fan : mon Papi orléanais. Vous savez, celui qui commente assidûment tous mes articles… J’arrive chez lui dans la soirée et je toque à sa porte, le cœur battant. Il m’ouvre, et ses premiers mots sont : Oh ! ! ! C’est mon plus beau Noël ! ! ! Il me serre ensuite dans ses bras et pour une dernière fois, l’horloge semble s’être arrêtée.   

Je retrouve aussi mon frère et ma sœur, nous sommes également très proches et ces deux là m’ont terriblement manqués.

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En parlant de mes frangins… Il y a deux ans, ma sœur et moi parcourions déjà l’Italie en stop !

Je repartirai bientôt. Courant janvier, mes proches me verront à nouveau faire mon sac à dos. Je ne sais pas vraiment où, et à vrai dire, je m’en moque. Quelque part, ça sonne déjà bien. D’ici là, je tente bien profiter de mes proches, que j’ai enfin à mes côtés. C’est lorsque l’on est éloigné des siens que l’on se rend compte de la chance que l’on a d’être bien entouré.

Auto-stop en Italie, conseils :

Depuis la rédaction de cet article, je suis retournée plusieurs fois en Italie, j’ai parcouru sur place plusieurs milliers de kilomètres en stop. Autant vous le dire tout de suite, si j’ai poucé sur les cinq continents sans rencontrer de difficulté particulière, ce ne fut pas le cas chez nos voisins Méditerranéens. Faire de l’auto-stop en Italie est très compliqué comparé au reste de la planète. Certes, cela reste faisable, mais la patience sera votre meilleure amie.

Voici donc quelques conseils qui j’espère vous simplifieront la tâche, si vous souhaitez vous aussi connaître les joies de l’auto-stop en Italie…

  • Les habitudes locales : pour faire simple, nos voisins ne portent pas dans leur cœur l’auto-stoppeur. Il n’est par conséquent pas courant de faire de l’auto-stop en Italie. Cette pratique n’a pas bonne réputation dans ce pays, et c’est la raison pour laquelle ce n’est pas évident de voyager ainsi sur place. Seule chose à faire : redoubler d’efforts pour être souriants, présentables, avenants et rassurants !
  • La communication : peu d’Italiens maîtrisent la langue de Shakespeare, ce qui ne facilite pas la tâche. Si vous souhaitez mettre toutes les chances votre côté, à vous d’apprendre quelques mots utiles. La langue italienne étant une langue latine, ce n’est pas une montagne insurmontable !
  • Les panneaux : il y a toujours deux écoles concernant le fait d’écrire un panneau ou non. Lors de mes différents voyages en auto-stop en Italie, j’ai préféré opter pour le panneau, et cela m’a je pense été bénéfique. Si d’habitude je préfère m’en passer, inscrire une grande ville située une centaine de kilomètres plus loin m’aura je le crois permis d’avancer un peu plus vite.
  • La police : trois ou quatre fois, j’ai terminé ma course dans une voiture de police. Il faut savoir que l’auto-stop en Italie est assez règlementé. Sur autoroute, c’est interdit, c’est pourtant sur ces axes rapides que vous avancerez le plus vite. Que le jeu du chat et de la souris démarre ! Et en cas d’incident, restez courtois, vous êtes en tord.
  • Les stations-services : ces dernières m’auront sauvé la vie – ou presque. Systématiquement, j’ai essayé de me faire déposer dans une aire de repos, afin de pouvoir aller à la rencontre des conducteurs. Technique payante à chaque fois !
  • Le matériel : Pour vous lancer, pas besoin d’équipement spécifique. Cependant, pour faciliter votre aventure, n’hésitez pas à apporter avec vous un marqueur de qualité (voire une ardoise Velleda, pour écrire de jolis panneaux), un gilet jaune réfléchissant et une lampe de poche puissante (pour la nuit), une discrète sacoche de sécurité (pour ranger votre passeport et votre argent), une housse imperméable (pour votre sac, selon la saison), un chargeur portable (utile si vous utilisez beaucoup Maps Me) ainsi que l’indispensable livret G’Palémo (guide illustré permettant de vous faire comprendre aisément si vous ne parlez pas italien).
  • Rome : pour avoir quitté Rome six ou sept fois en stop, je peux vous dire la chose suivante. Ne vous embêtez pas à sortir de Rome le pouce en l’air, prenez un transport public pour la ville la plus proche et commencez votre trajet à partir de là. Sinon, je vous souhaite bonne chance !
  • Autres :  n’hésitez pas à jeter un œil à mon article sur le danger de l’auto-stop, ainsi que sur la page Italie du site HitchWiki, une référence en matière de pouce.

J’adresse aujourd’hui un grand merci à tous ces conducteurs incroyables, qui ont facilité mon retour et ont fait de ce dernier trajet un souvenir fort en émotions.

De Rome à Orléans, durant ce long périple en auto-stop en Italie puis en France, chaque rencontre a été marquante, inattendue, et enrichissante. Grazie mille…

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Un dernier clin d’œil : pas vu, pas pris !

Et pour aller plus loin, je vous invite à retrouver l’intégralité de mes récits de voyage, ainsi que tous mes autres articles et conseils sur la pratique de l’auto-stop

22 thoughts on “Dernier trajet de mon tour du monde en stop, de Rome à Orléans”

  1. Salut

    A moi aussi ton article m’as mis les larmes aux yeux. Que le retour sur Olivet dot être dur. Repars et fais nous rêver encore une fois.

    Jean-Charles d’Orléans

    1. Coucou Jean-Charles, merci pour ce gentil message, je vois que tu jettes toujours un coup d’œil sur mon blog 🙂 Effectivement le retour a été un peu mouvementé, mais bon je repars la semaine prochaine alors tout va bien! Merci du soutien en tout cas, cela me fait toujours super plaisir. Bon vent à toi!

  2. Je ne peux pas laisser cet heureux dénouement sans commentaire..
    quelle bonne décision, quelle belle surprise et quel beau Noël
    plus que jamais, je suis fan de toi ma grande !
    trois fois merci ma Rouma

  3. Quel plus beau retour que celui-ci.
    Si tu passes par Bruxelles ou Namur (en Belgique au cas-où) en janvier ou plus tard, fais-moi signe!
    Je serai heureuse de partager un thé ou un café bien chaud avec toi.
    Je te souhaite de très joyeuses fêtes, savoure bien ses instants!

  4. Merci Astrid pour tous ces commentaires et ces photos. Vous ne pouviez pas faire de plus beau cadeau de Noël à votre famille. Bonnes Fêtes de fin d’année et à bientôt pour d’autres avantures. Bisous

  5. J’espère de tout coeur que ces moments de retrouvailles ont été magiques comme tout ce que j’ai pu suivre depuis que je te connais. Savoure bien ces instants , ils ne reviendront pas ,en tous cas ,pas dans les mêmes conditions. J’espère que tu as passé un très bon Noël (il n’y a pas de doute) auprès de ceux qui te sont chers. Ressemblance étonnante avec ta soeurette!!! Je te souhaite une bonne suite puisque c’est « ta vie ». Il me tarde de retrouver « notre » Nico qui, lui, continue son bonhomme de chemin.
    Je t’embrasse très fort et te souhaite plein de bonnes choses pour 2015.

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