Le Cambodge en autostop : mes jours heureux #II

Il y a quelques jours, je vous racontais la première partie de mon aventure en auto-stop au Cambodge : nuit dans un temple bouddhiste, camping urbain puis sauvage, rencontres d’autostop, dauphins d’eau douce et road trip en moto.

Après toutes ces émotions fortes, j’espère que la suite de mon récit sera à la hauteur du premier…

Kratie – Route 76 :

moto surchargée cambodge
Mobylette un peu surchargée…

Je dois quitter Kratie pour me rendre dans le Mondolkiri. Blaise, l’auto-stoppeur avec qui je voyage depuis quelques temps, doit quant à lui partir à Phnom Penh. Nous nous apprêtons à nous faire nos adieux, lors de notre dernier petit déjeuner.

Puis finalement, sur un coup de tête, il me dit qu’il va me suivre encore un peu. Il est comme ça Blaise. J’accepte avec joie car on s’entend bien et il m’apprend chaque jour énormément de choses, c’est donc reparti pour quelques jours de plus !

Nous allons saluer Samsan une dernière fois, le gamin du temple qui nous a accueilli la semaine dernière pour une nuit. Nous longeons ensuite la route 7 à pied, pour sortir de la ville. Nous posons nos sacs à dos, et quelques secondes après, une femme qui se demande bien ce que nous faisons là nous apporte deux chaises et nous prie de nous asseoir. La gentillesse cambodgienne m’étonnera toujours.

Un camion nous prend et nous dépose quelques kilomètres plus loin. À nouveau, nous déposons nos bagages sous un arbre, et une jeune nous sourit et nous offre un fruit. Une voiture nous permet d’avancer jusqu’à Khsuem. Là, nous sommes au fin fond du Cambodge.

La route à emprunter est tellement étroite que nous ne sommes même pas sûrs d’être sur le bon chemin. Aucune voiture à l’horizon, nous croisons seulement quelques scooters surchargés (jusqu’à six personnes par moto, véridique !). Nous marchons. Nous marchons longuement. Nous traversons de nombreux villages. Tout le monde nous salue en nous faisant de grands signes de la main. Jeunes et vieux semblent stupéfaits de nous voir arpenter ces chemins perdus.

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Autostop sur le toit d’un pick-up

Nous entendons une voiture arriver, cela doit bien faire plus d’une heure que nous sommes seuls au monde. Il ne faut pas nous louper ! Nous esquissons notre plus beau sourire et lui faisons signe de s’arrêter, c’est quitte ou double. Les conducteurs acceptent de nous faire monter sur le toit.

Il n’y a que deux places à l’intérieur du pick-up, et à l’arrière cinq vaches occupent tout l’espace. Le toit nous convient bien, mais l’assise est sportive.

Nous devons tenir fermement nos sacs afin qu’ils ne tombent pas dans la bouse juste derrière, éviter les branches d’arbres qui parsèment le chemin, et nous cramponner à chaque nid de poule, autant dire tous les deux mètres. Le simple fait de prendre une photo relève du parcours du combattant. Faire du stop : une idée formidable.

Nous roulons probablement une heure, la nuit est tombée, les insectes sont de sortie et nous plissons les cils pour en avoir le moins possible dans les yeux. Des éclairs commencent à déchirer le ciel et la voiture s’arrête : nous arrivons au milieu de nulle part.

Une nuit dans une famille cambodgienne :

Nous remercions chaleureusement nos deux chauffeurs qui ne parlent pas un mot d’anglais. Nous nous demandons intérieurement où nous allons passer la nuit car l’orage approche à grands pas. La mère de la famille nous fait alors signe d’entrer dans la maison, et de nous installer sur le sol.

Nous nous asseyons en tailleur, et attendons sans tout comprendre, un peu timides. Un gamin allume la télévision et nous met une série cambodgienne parfaitement incompréhensible. Il branche le ventilateur et le dirige vers nous.

nuit dans une famille cambodge
Le lit d’appoint

Une voisine, d’une vingtaine d’années, nous apporte des galettes de riz sucrées à la noix de coco. Nous les dévorons d’un trait, nous n’avons pas mangé depuis nos nouilles déshydratées du petit déjeuner.

Le papa nous fait comprendre avec des gestes que nous allons passer la nuit ici. Ce n’est pas une question : il nous invite, un point c’est tout ! Nous n’osions pas demander et sommes ravis.

La famille s’assoit en rond autour d’un gros bol de riz et d’un plateau de pastèque, de poisson grillé et de viande séchée. Ils nous offrent exactement la même chose, dans deux grandes assiettes à part. Nous faisons honneur et terminons le tout jusqu’au dernier grain de riz, ce qui amuse la maman.

Cette dernière nous propose de prendre une douche, nous ne pouvions rêver mieux ! En milieu de soirée, l’électricité se coupe, comme chaque jour paraît-il. La famille se rassemble autour d’une lampe rechargeable. Les questions fusent à propos de notre tour du monde et les mains, habiles traductrices, s’agitent dans tous les sens.

L’un des garçons doit avoir une dizaine d’années et passe l’essentiel de la soirée à faire le clown. Dans le salon, nous sommes tous assis en cercle sur le sol, ça fume et ça rit, dans une simplicité absolue. Les corps sont apaisés et les esprits sereins.

Le fils le plus âgé accroche une moustiquaire au plafond, dépose une natte sur le sol et nous apporte deux oreillers et couvertures. Nous avons beaucoup de chance d’être ici. Nous dormons comme des rois, après avoir passé une soirée riche en émotions et en fous rires, chez cette famille heureuse des abords de la route 76.

Arrivée à Sen Monourom :

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Virée en moto

Nous reprenons notre route le lendemain matin, après avoir fait nos adieux à la famille.

Un chauffeur routier nous récupère à une centaine de mètres de la maison, et nous déposera dans la rue principale de Sen Monourom, à probablement 150km de là. Le stop au Cambodge : souvent plus facile que le bus !

Notre journée est placée sous une bonne étoile. À peine arrivés, nous croisons deux voyageurs que nous avions rencontrés à Kratie.

Ils ont chacun une moto et nous proposent de nous emmener voir les chutes d’eau de Busra, à une trentaine de kilomètres. Nous les suivons et en profitons pour sympathiser un peu plus avec eux. Lui est français, elle est allemande, et tous deux voyagent pendant un an en Asie.

Comme Blaise et moi, ils se sont rencontrés sur la route, il y a une semaine environ et passent seulement quelques jours ensemble. Nous formons donc une bonne équipe tous les quatre. Nous passons également la soirée ensemble, à échanger bons plans visas et récits de voyage croustillants.

Paisible Mondolkiri :

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Un éléphant dans la jungle du Mondolkiri

Blaise et moi décidons de nous aventurer à pied jusqu’aux chutes d’eau de Sen Monourom, à quelques kilomètres seulement. Arrivés sur place, nous découvrons une petite crique, perdue en pleine jungle. Le lieu est calme, seuls deux jeunes cambodgiens se baignent, alors nous nous précipitons pour faire de même. L’instant est délicieux.

De retour sur la terre ferme, deux énormes éléphants se dressent face à nous. Un gosse est perché sur l’un d’entre eux, et lui fait prendre son bain dans la rivière. Je reste sans voix devant ce spectacle si impressionnant qu’inattendu.

C’est ainsi que nous rencontrons Bryan, un expatrié irlandais qui vit dans la jungle depuis quelques années. Nous buvons un verre ensemble. Il nous relate son expérience cambodgienne et nous raconte la triste histoire de la tribu des Bunongs, qui perd peu à peu ses terres et sa culture, comme tant d’autres peuples dans le monde.

Le lendemain, sur ses recommandations, nous rendons visite à Bill, un expatrié américain, qui est ici depuis vingt ans. Ce dernier nous confirme les propos de Bryan et nous en raconte un peu plus sur le peuple Bunong.

Comment on dit bon appétit en cambodgien ?

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Un fœtus de poussin dans un œuf

Notre séjour dans le Mondolkiri est ponctué de quelques découvertes culinaires. Impossible de ne pas nous laisser tenter par quelques criquets grillés et assaisonnés à point. Blaise en achète même un sachet qu’il grignote comme s’il mangeait des chips, à la mode cambodgienne. Pour ma part, même si j’aime généralement sortir des sentiers battus, un ou deux suffiront, merci !

Bien sûr, nous testons aussi les grenouilles grillées, on est français ou on ne l’est pas ! À la différence qu’ici on avale aussi la tête et les os car elles sont petites. Le tout accompagné de chrysalides, qu’on nous offre sur un marché.

J’ai gardé le meilleur pour la fin. Les cambodgiens raffolent littéralement d’œufs, à l’intérieur desquels se trouvent des fœtus de poussins. Blaise décide d’essayer et me fait donc goûter. Hors de question de passer pour une chochotte, je dois relever le défi. Là, j’avoue avoir un peu de mal à déglutir… Tout d’un coup, la gastronomie française me paraît bien loin !

En route vers Banlung !

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Autostop à l’arrière d’une charrette

Après nos quelques jours dans le Mondolkiri, Blaise part vers le Sud, en direction de Phnom Penh. Je poursuis mon chemin vers le Nord, et pars à Banlung, capitale du Ratanakiri. Nos routes se séparent, et c’est émue que je lui adresse mes derniers adieux, gardant un souvenir mémorable de notre périple à travers le Cambodge. Bonne route Blaise ! Je te souhaite un bon voyage jusqu’en Iran !

J’ai environ 200km de trajet pour me rendre à Banlung, mais vu l’état des routes, il est préférable de partir de bonne heure ! Cinq véhicules plus tard, me voici dans un tout nouveau Cambodge.

Une moto s’arrête et me propose de me faire grimper à l’arrière, mais elle ne m’emmène pas bien loin : après quelques minutes, je me rends compte que le conducteur empeste l’alcool (mais c’est pour ça qu’il roule pas droit !). Il conduit vraiment vite et je n’ai pas de casque, coutume locale oblige. Pour pimenter un peu le tout, il se retourne à longueur de temps pour discuter avec moi, sans prêter attention à ce qui se passe sous ses roues. Il est très gentil mais je préfère tout de même le remercier et terminer ma route seule. Mieux vaut quelques ampoules que de finir dans le fossé !

Le majestueux Ratanakiri :

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Le lac Kan Siang dans le Ratanakiri

Auto-stoppeuse comblée : j’arrive en fin de journée dans le Ratanakiri, où je décide de passer trois jours. Au programme : randonnée à travers les villages perdus dans les collines et promenade autour des lacs Kan Siang et Kam San.

Je me rends également à Yaklom, à une heure de marche. Il s’agit d’un lac entouré d’une jungle assez dense, formé par un ancien cratère volcanique. Quelques hamacs sont à disposition des promeneurs. Je passe une demi-journée à m’y reposer, tout en fondant littéralement devant ce paysage grandiose.

Après 1000km de stop à travers le pays, mon séjour au Cambodge prend fin dans ce petit paradis. Demain, je reprends la route en direction du Vietnam du Sud en auto-stop, en espérant que mon visa acheté à Siem Reap n’est pas une contrefaçon.

Nombreux sont les souvenirs que je garderai précieusement, comme des petits joyaux qui illumineront mes pensées encore longtemps.

Merci à tous ceux qui ont égayé mon aventure dans ce pays si surprenant, et merci tout particulièrement à Blaise, une belle amitié en voyage que je n’oublierai pas, qui m’aura transmis beaucoup plus qu’il ne l’imagine, et qui m’aura permis de vivre ces aventures toutes plus folles les unes que les autres…

Et pour en savoir plus, je vous incite à lire les articles suivants :

Enfin, je compte sur vous pour partager avec nous votre expérience dans les commentaires !

 

5 thoughts on “Le Cambodge en autostop : mes jours heureux #II”

  1. Meme si c’est la premiere fois que je poste, je suis tes aventures au poil astrid. Je souhaite que tu puisses aller au Vietnam ! Bon courage, et sache que beaucoup pensent à toi ! Milles bises, à bientôt à Orléans !

    1. Hey Jacky!!! Comment tu vas? Merci pour ce message ça me fait plaisir de voir que tu me suis! Je suis au Vietnam déjà!!! Génial ici 🙂 Mais bon la Corée me manque j’y repense chaque jour… Profite de ton aventure également! Gros bisous et oui, avec grand plaisir, RDV à Orléans!!!

  2. Tes deux articles sur le cambodge sont vraiment passionnants! C’est fou, les gens sont tellement accueillants et généreux! Et Blaise a l’air sympa, c’est bien d’avoir un compagnon de voyage comme lui. T’as enfin pu t’éclater en moto haha! Bon en tout cas nous on attend la suite 😉

  3. no problem ma Rouma, ton récit part#II est bien à la hauteur du premier, voir encore mieux
    merci de nous faire vivre tes aventures toujours aussi palpitantes
    vivement la suite ce cet amazing trip
    mais quand même, cool ma poule …
    bisous de ton Papi

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