Mon bus magique : le Windhoek-Lusaka Express

Mon aventure namibienne s’est terminée il y a trois semaines (retrouvez toutes les photos de Namibie et les vidéos de notre road-trip). Lentement. Un peu comme si ce pays que j’ai tant aimé ne voulait pas que je parte. J’ai été un peu pressée par le temps, une aventure disparaissant pour laisser place à une autre encore plus folle.

Je reviens donc avec un peu de retard sur ces cinquante heures passées dans mon bus magique : le Windhoek-Lusaka Express…

Question de feeling :

Le début de l'attente
Emily et Nicolas

Je suis toujours avec mes deux acolytes, Emily, la suédoise, et Nicolas, le français. Natsuno, la japonaise, nous a déjà quittés et a pris la route vers Dakar.

Nos derniers jours dans le royaume du sable ont été à la hauteur des premiers. Le parc d’Etosha nous a laissés sans voix, et après deux jours de repos à Windhoek, la capitale, nous tentons de partir vers la Zambie et les chutes Victoria…

Nous voulions partir en auto-stop, mais Nicolas est un peu pressé, et vu les distances, nous décidons de réserver un trajet en bus, depuis Windhoek, jusqu’à Livingstone, près des chutes. Par expérience, nous savons qu’arriver en avance à la gare routière est plus prudent (un bel exemple, celui de notre aventure dans le Namaqualand). Nous attendons donc notre bus, et j’annonce à Emily que j’ai un mauvais pressentiment. Le bus était là depuis vingt-quatre heures et a subitement disparu. On se renseigne. Le conducteur est parti changer les roues, ça ne devrait pas durer longtemps. Tant mieux, nous avons tout de même près de vingt heures de route à parcourir.

Je sors ma guitare, Nicolas sa flûte, et on improvise un petit concert en plein air, dans ce lieu peu bucolique mais convivial à souhaits. Des ados se joignent à nous, des passants nous saluent, le temps passe plutôt vite. Un gars tente par la même occasion de voler mon sac, je le bouscule assez violemment alors qu’il l’a dans les mains, il abandonne sa prise et fait demi-tour. Ouf.

Dans le bus
Nicolas tue le temps

Ça fait plus de trois heures que l’on attend, sans même nous en être rendu compte. Confiants, nous montons à bord du vaisseau lorsque l’hôtesse nous y invite. On s’installe aussi confortablement que possible. Le bus démarre. Le bruit est plus qu’inquiétant, mais comme l’inscription l’indique sur la devanture du carrosse, In God we trust.

Extinction du moteur, on n’a pas fait un mètre. On attend une nouvelle heure, en somnolant devant le coucher du soleil. L’hôtesse nous annonce alors qu’on ne partira pas aujourd’hui, il faut acheter une pièce qui ne sera disponible que le lendemain matin. Chaque partie mécanique du bus semble être en panne, les employés démontent un peu tout, et un peu n’importe comment. Tout le monde râle, nous on reste assis bien sagement. Pour faire passer la pilule, on nous apporte de grosses boîtes de poulet frit depuis le KFC, et des sodas du supermarché (imaginez la même scène dans un train de la SNCF, chaque passager déchiquetant son morceau de poulet du KFC avec les doigts).

Moi, c’est mon premier repas chaud depuis une dizaine de jours et Emily est végétarienne, j’ai donc deux parts : finalement je m’accommode parfaitement de la situation, et je commence à avoir un bien meilleur pressentiment pour le reste de la soirée…

Let the party start ! ! !

A Windhoek
Le bus, toujours à Windhoek

Les passagers se plaignent pendant une bonne demi-heure, puis rentrent dormir chez eux, ils habitent tous dans les environs. Nous, on reste dormir dans le bus, quitte à mal dormir autant que ça soit dans un lieu qui ferme à clefs. Pas de toilettes pendant vingt-quatre heures, on s’adapte, et on devient créatifs.

L’hôtesse et les deux chauffeurs insistent pour rester avec nous, ils s’inquiètent de laisser trois étrangers seuls au milieu de cette zone peu fréquentable. Nous leur assurons que ce n’est pas du tout un souci, que c’est même le grand luxe par rapport aux deux dernières semaines, mais ils restent. Là, je fais une petite blague, qui ressemble à : Hey man ! Let the party start ! Where are the beers ? ? ? (On devrait fêter ça, elles sont où les bières ? ? ?).

Le chauffeur rigole, et revient une heure plus tard avec deux énormes sacs de bouteilles de bières, aux frais de la compagnie. Il augmente le volume de la musique au maximum, éteint les lumières de notre nouvelle boîte de nuit, invite même des amis, et tout le monde commence à danser sur les sièges et dans l’allée centrale. Nous, on est en pleine hallucination… Non mais c’est quoi cette soirée de dingue ? ? ? Ça boit, et ça roule même de gros joints qu’ils fument à l’avant du bus. Du grand n’importe quoi, mais c’est bien marrant.

Là, il me faut censurer une partie des évènements, mais la nuit a été riche en surprises. Ce qui ne nous a pas empêchés de dormir environ huit heures, pas si mal au vu des circonstances…

Ça roule !

Le bus est rempli de cartons jusqu’à la moitié de l’allée centrale, recouvrant ainsi une vingtaine de sièges jusqu’au plafond. Curieux, nous leur demandons ce qu’ils peuvent bien transporter :

Moi : C’est quoi tous ces cartons ?

Le chauffeur : Du thé chinois. On l’emmène en Zambie. Mais c’est bizarre parce qu’en Zambie on reprendra du thé chinois pour ramener en Namibie.

Moi : Ah ok, ok, intéressant… ( ? ! ?)

Attente...
Toujours là ? ;)

Bref… Tout est fou dans ce bus, et plus nous discutons ou posons des questions, plus nos visages deviennent interrogatifs.

Enfin, après quelques heures d’attente (et encore quelques morceaux de poulet frits), nous quittons la gare routière de Windhoek. Nous roulons environ deux kilomètres, mais le bus ralentit et ne répond plus de rien, malgré tous les efforts télépathiques que tous, nous envoyons intensément. Nous sommes en panne au bord de la route, et avons encore environ 1400km à parcourir, à ce rythme là, on n’est pas rendus.

Nous attendons, et la compagnie décide d’affréter un nouveau véhicule. Un minibus suffit, les trois-quarts des passagers ayant déjà renoncé à gagner la Zambie.

Nous roulons toute la nuit et atteignons la frontière au petit matin. Nous devons ensuite rejoindre Livingstone par nos propres moyens, et finalement, nous tendons le pouce, et finissons en stop.

Du vent et de la corruption :

Stop Zambie
Autostop en Zambie, à l’arrière d’un pick-up

Nous sommes assis à l’arrière d’un pick-up et le vent souffle fort dans nos oreilles. Le vent des 130km/h auxquelles nous roulons, mais surtout le vent de la liberté. Nicolas sourit comme un enfant. Emily regarde ce paysage sec, apocalyptique presque, d’un œil rêveur. Et moi, je mets mes écouteurs et me laisse bercer par No Ceiling d’Eddie Vedder.

Nous sommes fatigués, mais apaisés. Nous sommes tout collants de sueur, mais heureux. Et ça, jusqu’à ce que la police nous arrête…

Le chef de brigade réprime sévèrement notre chauffeur, car c’est interdit de transporter des passagers à l’arrière de ce type de véhicule, question de sécurité. Enfin, c’est la théorie, car en pratique, pas un pick-up que nous avons croisé n’était vide à l’arrière. La différence réside dans le porte-monnaie des voyageurs, et trois blancs, c’est censé rapporter gros.

Stop Zambie
Nicolas

Bien sûr, nous n’acceptons pas de laisser payer l’amende par notre chauffeur, pourtant prêt à tout pour nous aider. Pour autant, question de principe, je n’aime pas qu’on me vole.

Alors je négocie, dur dur, les policiers ne sont pas vraiment ouverts à la discussion, et je dois ruser bien plus que d’habitude. Et ça passe : le boss nous rend nos passeports avec dédain, colère presque, et nous remontons fissa à l’arrière du 4×4, un sourire coquin au coin des lèvres.

Enfin, après cinquante heures d’attente et de route, nous arrivons un peu paumés à Livingstone, heureux de pouvoir admirer les chutes Victoria, et un peu nostalgiques aussi, car dans deux jours, chacun d’entre nous reprendra sa route, seul.

Jamais nous n’oublierons ce bus magique… Merci à Emily et Nicolas d’avoir gardé leur bonne humeur, et d’avoir transformé cette mésaventure en deux jours exceptionnels…

Avec Emily et Nicolas
Avec mes travelmates ;)

4 thoughts on “Mon bus magique : le Windhoek-Lusaka Express”

  1. Heureusement, je peux avoir accès à un dossier plus que complet Toi + Nico…c’est bon ça mais…avec ma sensibilité exacerbée, tout ça m’arrache des larmes à chaque fois que je vous lis ! Il faudrait que j’aille me faire psychanalyser,
    il y a un blème là! Bisous

  2. en effet, ça roule mieux dans le sable que dans le sel … mais il faut être patient je vois !
    j’espère que nous aurons des photos des fameuses chutes Victoria
    gros bisous

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