Let’s go East #8 – La Bulgarie en van, on accueille Couchsurfers et autostoppeurs !

plage de la mer noire en bulgarie

 

Toujours accompagnée de José, mon grand compagnon de route, nous terminons à regrets de visiter l’Albanie et entrons en Grèce, où plusieurs amis nous attendent de pied ferme. Les journées passent vite et je ne prends pas le temps de vous conter le récit de ces moments forts, vécus dans la péninsule hellénique. Pour faire court, trois semaines de soleil et de belles rencontres sont au rendez-vous. Nous emmenons ensuite Gina (une amie grecque de longue date) avec nous. Elle a quinze jours de vacances et rêve de découvrir la vie dans un van

Il y a quatre ans, nous nous rencontrions par le biais de Couchsurfing. J’étais d’ailleurs sa première invitée ! Depuis, pas une année ne passe sans que je ne retourne lui rendre visite, à Patras. C’est aujourd’hui à mon tour de lui rendre la pareille, nous nous donnons rendez-vous à Thessaloniki, et prenons tous trois la route vers le Nord…

Avec Gina, dans une rue de Plovdiv
Avec Gina, dans une rue de Plovdiv

J’étais déjà venue en Bulgarie, il y a quelques années, lors de mon premier voyage dans les Balkans. Je suis donc relativement confiante quant au bon déroulement des jours à venir. Un peu trop peut-être. Première ville, premier tracas. Nous décidons de faire halte quelques heures à Blagoevgrad, nous nous garons correctement, et partons visiter la ville à pied. Après une jolie promenade dépaysante, qui nous resitue sans détour dans le monde post-soviétique, nous regagnons le véhicule et démarrons. Quelques mètres plus loin, inquiets du bruit assourdissant qui résonne de plus en plus fort, nous nous arrêtons à nouveau. Une belle surprise est accrochée à la roue arrière gauche : un joli sabot métallique jaune citron nous signale que nous avons semble-t-il commis une erreur stratégique. Dans cette même rue, toutes les voitures sont garées de façon identique, sans aucun badge de stationnement, et aucun panneau n’indique quoi que ce soit. Un vieil homme vient à notre secours et nous traduit les quelques lignes de cyrillique, écrites sur l’autocollant fluo collé sur notre fenêtre : il nous faut appeler un numéro bulgare surtaxé. De quoi accueillir convenablement les touristes !

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Université américaine de Blagoevgrad

Nous tentons de comprendre les détails de la marche à suivre à l’aide de mimes plutôt loufoques – et en grande partie incompréhensibles – lorsqu’un homme se rue sur nous, bougonnant quelques mots qui nous échappent. Au fil de la discussion, nous comprenons qu’il détient les clefs de notre liberté, et au prix de quelques billets, il affranchit le van de ses fers. Nous voilà repartis, filant sur l’A3 à toute vitesse, comme pour ne pas faire attendre la belle Sofia. La nuit tombe vite, et le van n’étant pas aménagé, nous décidons de nous éloigner de la capitale de quelques kilomètres, afin de dormir en pleine nature. C’est près du lac de Pancharevo que nous trouvons notre bonheur. C’est la première nuit dans le van pour Gina, et son sourire fait plaisir à voir. En sa présence, je retrouve cette petite flamme qui m’animait tant lors de mes premiers voyages.

Reposés ou presque, nous sommes heureux de visiter Sofia le lendemain, après un bref passage à l’aéroport… afin de prendre une « douche » dans les sanitaires. La routine, quand on choisit de voyager sans argent ou presque ! Propres comme un sou neuf, nous allons et venons au gré des découvertes, dont la ville ne tarit pas – notamment la cathédrale orthodoxe Alexandre-Nevski, que je revisite avec joie, n’ayant jamais oublié sa forme parfaite et son allure élégante. Par le biais d’une amie, nous rencontrons également Aliko, un jeune bulgare qui a vécu en France quelques années, et partageons avec lui un agréable moment.

La cathédrale Alexandre-Nevski, à Sofia
La cathédrale Alexandre-Nevski, à Sofia

Gina n’a que deux semaines de vacances, et souhaite profiter de ces quelques jours comme il se doit. Nous ne nous attardons donc pas dans la capitale, et abandonnons cette dernière – Sofia, et non Gina – pour nous rendre à Plovdiv. Dans cette cité intemporelle, les longs minarets des mosquées se marient aux dômes étincelants des églises orthodoxes. Les imposants et sombres blocs d’immeubles de banlieue tranchent avec les couleurs et la finesse de l’architecture du centre-ville. Les Kürtöskalác des petites échoppes (pains briochés cylindriques sucrés, on les trouve avec différents parfums) mêlent leurs effluves à celles des döners, qui envahissent les quatre coins de la ville. Les cireurs de chaussures s’affairent à faire briller les cuirs les plus récalcitrant, sous le regard passif et las des vendeuses de bouquets de fleurs. Nous venons d’arriver dans un tout autre monde, et sommes parvenus un tant soit peu à sortir des sentiers battus, pour notre plus grand bonheur.

Nous décidons ensuite d’aller nous perdre quelques temps en campagne, dans la région de Chipka. Un monastère orthodoxe surplombe les hauteurs de la ville, et nous nous pressons d’y grimper, afin d’en admirer les coupoles dorées de plus près. Ce temple-mémorial célèbre la naissance du Christ, même si aujourd’hui on y magnifie également la forte augmentation du tourisme. Le détour en vaut toutefois la peine, et sous ce soleil tant attendu, le monument scintille et ses couleurs prennent vie.

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Le monastère de Chipka

Retour sur le bitume. Encore et toujours. Pour le meilleur et pour le pire. Nous approchons d’une grande agglomération, et une fois n’est pas coutume, nous choisissons de passer la nuit au calme, à l’extérieur de la zone urbaine. Il est déjà tard, une station-service se présente à nous, et fatigués nous décidons d’y rester jusqu’au lendemain. Après quelques salutations chaotiques dans un bulgare plus qu’approximatif avec les employés, ces derniers nous mettent en garde, sans détour : ne dormez pas ici, la mafia rôde, et les véhicules se font régulièrement mettre à sac. Dans l’arrière cour, un parking privé accueille des dizaines de camions, nul n’a pris le risque de passer la nuit à l’extérieur de l’enceinte. Nous sommes relativement surpris, et nous plions aux recommandations de nos interlocuteurs qui, en somme, connaissent les environs bien mieux que nous. Trois euros et douze heures plus tard, Bob Dylan fait vibrer son harmonica dans l’enceinte du van, sain et sauf. Nos pneus épousent à nouveau ce rugueux or noir, inestimable trésor des vagabonds de la route.

Nous faisons une nouvelle session URBEX : la maison du Parti Communiste Bulgare, une ancienne salle de congrès aux mosaïques impressionnantes, aujourd’hui abandonnée. Le bâtiment est assez mal conservé, mais suffit tout de même à nous plonger l’espace de quelques heures dans l’Histoire bulgare. Étoile rouge, portraits de Marx, Engels et Lénine, architecture imposante : l’édifice tout entier ferait presque office de musée, à la mémoire d’un temps révolu (à lire : la maison du Parti Communiste Bulgare).

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Maison du Parti Communiste bulgare

Nouvelle nuit qui pointe son nez. Nouvelle station-service à l’horizon. Ce soir, pas de mafia, nous pouvons dormir sur nos deux oreilles même si, à trois dans le van, les nuits sont plutôt courtes. Surtout pour José qui, galant, nous laisse chaque soir profiter du matelas, aménageant son couchage sommaire à même le sol. Si ça, ce n’est pas le compagnon de voyage parfait ! Imaginez, trois personnes, deux semaines, dans environ huit mètres carrés : c’est un peu comme faire un Twister géant, dans le noir, sur un terrain parsemé d’embûches, et gare à celui qui laisse traîner sa paire de lunettes, son joujou high-tech dernier cri, ou un orteil en dehors de son territoire… Dans tous les cas, mieux vaut en rire, car le voyage en van n’est pas toujours simple !

Tout au bout de la route : la mer Noire. Mystérieuse étendue nourrissant nombre de nos fantasmes. De l’autre côté, comme à portée de main, le Caucase, l’Anatolie, l’ailleurs, le lointain. Dans les pas de Kéraban-le-Têtu – qui portait bien son nom – notre excitation se mêle à notre émotion, nous entrons dans Bourgas. Nous flânons dans le centre-ville et l’artère principale et tentons de nous imprégner de l’atmosphère environnante, avant de gagner le port, puis la plage qui attire d’ailleurs de plus en plus de vacanciers. La mer Noire étend ses eaux immobiles face à nos regards encore vierges. Nous tombons instantanément amoureux de ces flots si calmes d’apparence, et prolongeons la romance encore un peu, en empruntant la route de la côte en direction du Nord.

Transformés en magiciens des grands espaces, nous apprivoisons les douces brises maritimes du petit jour, comme domptons ensuite de violents courants d’air, roulant cheveux au vent. Élus princes de notre royaume éphémère, nous jonglons avec les discussions passionnées autour d’une bouteille de Zagorka, comme goûtons aux joies des longues heures silencieuses, défilant au gré des kilomètres. Devenus maîtres du temps, nous retenons la journée passée dans le sablier de nos doigts d’enfants, comme invoquons celle à venir, impatients d’en apprendre davantage le lendemain.

Un auto-stoppeur nous fait de l’œil : ni une ni deux, nous le faisons grimper. Un kilomètre plus loin, ses deux amis tendent toujours le pouce ; quelques secondes plus tard, nos trois passagers sont confortablement installés dans notre lit. Ils se rendent dans les environs de Byala, afin de camper sur une plage inaccessible, et donc quasi-secrète. Ils nous convient à passer la soirée en leur compagnie, et comme nous n’avons rien de prévu en particulier, nous acceptons avec joie. Nous roulons donc sagement, à six dans le van, vers le Paradis.

À savoir

Pour ceux qui seraient tentés de faire du camping sauvage sur la plage, sachez que la pratique est formellement interdite en Bulgarie. Si vous persistez – parce que tout de même, c’est cool – ne vous étonnez pas si les autorités locales vous sanctionnent, vous faisant payer une amende…

Enfin, si jamais cela vous arrive, précisez bien qu’on ne vous l’avait (évidemment) pas dit, et cela va sans dire, n’oubliez pas de laisser les lieux propres après votre passage.

La plage est immense et isolée du reste du monde par une grande falaise, barrage naturel entre milieu sauvage et lointaine civilisation. L’instant, intemporel, est chargé d’émotions positives. Le crépitement des flammes du foyer que nous venons d’embraser s’accorde à la houle régulière, tandis que la mélodie de ma guitare embrasse le doux son du ukulélé de Gina. Nous partageons le contenu de nos pique-niques de fonds de sacs à dos, et dégustons avec bonheur ces quelques noix et ce vin bon marché, tout comme ce moment privilégié.

Dans toute relation humaine, le plus important est la conversation, mais les gens ne font plus cela – s’asseoir pour parler et écouter les autres. Ils vont au théâtre, au cinéma, ils regardent la télévision, écoutent la radio, lisent des livres, mais ils ne se parlent plus ou presque. Si nous voulons changer le monde, nous devons retourner à l’époque où les guerriers se réunissaient autour du feu et racontaient des histoires.

Tiré de Le Zahir, un livre de Paolo Coelho

Soirée autour du feu : un grand souvenir!
Soirée autour du feu : un grand souvenir !

Varna. Troisième plus grosse ville du pays, quelques kilomètres plus au Nord. Après la cohue de la grande rue marchande, nous flânons dans le jardin maritime qui, bordé par les eaux, offre au promeneur un délicieux instant de sérénité. Heureuse de mes premiers coups de soleil tant attendus, les pieds un peu noircis après plusieurs jours de marche les tongs aux pieds, je savoure la joviale compagnie de Gina et José, sachant pertinemment que rien n’est éternel.

Derniers instants avant de franchir une nouvelle frontière : après avoir été nuit et jour abrités sous l’aile bienveillante des routes bulgares, c’est sous une voûte céruléenne que nous commencerons demain notre voyage en Roumanie

Et pour en savoir plus, n’hésitez pas à retrouver mes autres récits de voyage, mes conseils pour bien choisir un van aménagé, ou encore l’intégralité des articles relatant mon tour du monde !

4 thoughts on “Let’s go East #8 – La Bulgarie en van, on accueille Couchsurfers et autostoppeurs !”

  1. c’est reparti !
    je te retrouve bien là
    merci de nous faire partager tes découvertes dans ce style évocateur si particulier
    le ramage vaut le plumage …
    grosses bises et bonne continuation

  2. Tout ça donne très envie de t’accompagner !
    La vie en vanne ça à vraiment l’air cool ! je me laisserais bien tenté un de ces jours !!
    J’adore tes histoires, un bien beau carnet de voyage ! Vivement la suite !!

    J’attends avec impatience l’histoire de « traversé de [insérer un pays ici] à 18 dans mon van ! »

    Bon vent !!!

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