Hospitalité marocaine : la fin d’un mythe ?

Pas un guide de voyage sur le Maroc n’oubliera de mettre en avant la légendaire hospitalité marocaine. Pas un blog sur le sujet n’osera la remettre en question. Et encore moins vos amis ou collègues qui rentrent de leurs vacances au soleil : le mythe survit au temps qui passe.

Je viens de passer six semaines à sillonner le Maroc le pouce en l’air. Débarquée à Tanger (lire ma traversée en bateau-stop), je suis ensuite descendue jusqu’à Nouakchott, capitale de la Mauritanie, mon premier amour. Je viens de retraverser le pays en sens inverse, car d’autres aventures étaient au rendez-vous.

Des incontournables touristiques comme Agadir, Ifrane ou Chefchaouen, aux villages les plus reculés, voici l’heure du bilan : l’hospitalité marocaine est-elle restée fidèle à sa légende, ou n’est-elle devenue que l’une des facettes d’un business touristique florissant ?

Le sens de l’hospitalité ?

Dans les pays occidentaux, nous considérons l’hospitalité comme un cadeau, voire une extravagance. Il devient rare d’ouvrir notre porte à un illustre inconnu (devrais-je pointer qu’il est encore plus inhabituel d’héberger un étranger venu d’un autre continent ?).

Au Maroc, la définition de l’hospitalité est toute autre. Accueillir son prochain est d’abord l’un des préceptes du Coran. Le croyant ne fait donc que son devoir en partageant son foyer avec le voyageur, Dieu le lui rendra.

D’autre part, et cette règle se confirme à travers le monde, plus un pays est riche et plus ses habitants tendent vers l’individualisme. À l’inverse, lorsque les revenus sont modestes, la solidarité et l’hospitalité sont des piliers de la vie locale.

Enfin, dans des contrées un peu reculées, l’opportunité pour les habitants de rencontrer un étranger venu de loin est exceptionnelle. C’est pourquoi les gestes de bienvenue se multiplient et les démonstrations de générosité ne manquent pas. C’est la raison qui m’a poussée à faire du stop : je souhaitais avoir l’occasion de me perdre dans des régions moins fréquentées par le tourisme.

dormir chez l'habitat maroc
Avec Amin à Ito, région d’Ifrane

Des exigences à la hauteur du mythe :

Je suis plutôt de nature optimiste. Même carrément naïve la plupart du temps : un luxe dans un monde qui tend vers la crainte et le repli sur soi. Bref. J’avais donc décidé de laisser ma tente et mon sac de couchage chez des amis à Gibraltar (merci à Madeline et Ricardo !), me disant tout d’abord que sac à dos était lourd et qu’il était temps de voyager léger, mais aussi que je trouverai bien sur ma route quelques âmes charitables. J’attendais donc, une fois n’est pas coutume, un nouveau petit coup de pouce du destin qui confirmerait mon idée reçue.

C’est bien connu, nous trouvons en voyage (comme ailleurs) ce que nous venons y chercher. Attendez-vous au pire et vous aurez toutes les chances que cela se produise. Une sorte de prophétie autoréalisatrice du backpacker. Alors, je me dis que si je m’attends au mieux, avec un peu de chance cela finira peut-être par arriver ?

dormir chez l'habitant maroc
Avec Najib et sa famille à Zaouït, près d’Aït Ben Haddou

Les villes touristiques :

J’ai passé la majorité de mon temps au Maroc à découvrir l’intérieur du pays, dans de petits villages où évidemment, les rencontres étaient plus nombreuses et naturelles. Pourtant, pas une ville touristique n’a échappé à l’indétrônable coutume : l’hospitalité marocaine ne dépérit pas.

À Rabat, vivant mon premier jour au Maroc je recevais déjà deux différentes invitations pour séjourner en famille. À Meknès, je rencontrais Amin, devenu mon cavalier pour le week-end, il me fera visiter les environs (en tout bien tout honneur et j’ai même dû insister pour participer aux frais). À Agadir, mon chauffeur routier (autostop) me proposait de venir passer plusieurs jours au sein de sa famille. Et ainsi de suite, les exemples ne tarissent pas.

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Chefchaouen, ou la ville bleue

Quelque soit le lieu et qu’il soit touristique ou non, il suffit bien souvent de se perdre dans les faubourgs de banlieue, de prendre le temps de la discussion ou de lever son pouce au bord de la route pour accéder au miracle de la rencontre humaine.

L’autostop :

L’auto-stop au Maroc, c’est un peu comme si tu recevais un cadeau du ciel tous les dix kilomètres. Un cadeau inestimable, surtout après une traversée chaotique de l’Espagne (des heures d’attente, sur des autoroutes hasardeuse, avec des policiers peu conciliants : gracias).

C’est aussi la définition parfaite de la facilité. Unique problème : ne pas avoir le temps de faire une petite pause entre deux véhicules. Dès que tu poses les pieds sur le bas-côté, un véhicule s’arrête. Plus simple que le bus !

De plus, c’est le cinq étoiles de l’auto-stoppeur, un peu comme si tu pouvais avoir le luxe de décider de la couleur de ton prochain transport : non désolée, je préfère monter dans une voiture rouge.

Enfin, c’est la voie royale pour vivre un peu de cette légende qui fait tant parler d’elle : l’accueil. Chaque conducteur ou presque m’a proposé de m’héberger quelques jours. De Labyar à Zaouït en passant par Azrou, la générosité de mes hôtes a dépassé de loin mes rêves de découvertes et de rencontres. À mes héros d’un jour : choukran !

traversée sahara stop
Autostop dans le Sahara Occidental

Traverser le désert :

Parcourir en stop 1300km de poussière et de caillasse, de Guelmim – la porte du désert – jusqu’à la frontière mauritanienne fut le temps fort de mon aventure, sans aucun doute. De cette traversée au long de la route transafricaine, je retiendrai ces chauffeurs de l’extrême qui, s’ils avaient décidé de m’abandonner là, auraient pu me soustraire à la vie. Je n’oublierai pas ces sauveurs du néant, qui bienveillants m’ont tendu une bouteille d’eau alors que j’avais terminé la mienne depuis longtemps. Je me souviendrai à jamais de cette foi en l’humanité que l’immensité du vide et du sable m’aura concédée.

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Dromadaires dans une oasis

Le Sahara, dans toute sa profondeur et son amplitude, aura mis à l’honneur la grandeur de l’hospitalité marocaine. Envers tous ces personnages hors-normes que j’ai rencontré entre deux dunes, je serai à jamais reconnaissante et je conserverai une part de nostalgie.

Lorsque tu voyages, tu fais une expérience très pratique de l’acte de renaissance. Tu te trouves devant des situations complètement nouvelles, le jour passe plus lentement et, la plupart du temps, tu ne comprends pas la langue que parlent les gens. Exactement comme un enfant qui vient de sortir du ventre de sa mère. Dans ces conditions, tu te mets à accorder beaucoup plus d’importance à ce qui t’entoure parce que ta survie en dépend. Tu deviens plus accessible aux gens car ils pourront t’aider dans des situations difficiles. Et tu reçois la moindre faveur des Dieux avec une grande allégresse, comme s’il s’agissait d’un épisode dont on doit se souvenir sa vie restante.

Tiré d’un livre de Paolo Coelho

Dormir chez l’habitant :

Au Maroc vous l’aurez compris, quelle que soit votre route, vous trouverez toujours quelqu’un qui vous ouvrira sa porte. D’un simple verre de thé à une invitation à partager un couscous ou un tajine, jusqu’à une proposition pour vous accueillir quelques jours dans une famille, les sollicitations ne manqueront pas.

Mes conseils :

Voici quelques conseils pour vivre au mieux ces rencontres :

  • Plus vous voyagerez en autonomie et hors des grands centres urbains noyés sous le tourisme de masse, plus les rencontres seront nombreuses et authentiques
  • Aux abords des plages et dans les souks très fréquentés, ne confondez pas rabatteur et nouvel ami
  • Il suffit parfois de s’éloigner de quelques centaines de mètres d’un lieu très prisé pour être à nouveau charmé par les marocains et leur sens de l’hospitalité
  • La plupart du temps, les rencontres seront sincères (et sans rien n’attendre en retour)
  • Comme partout, cela ne signifie pas qu’un petit cadeau n’est pas le bienvenu (nourriture…)
  • Au Maroc, on mange avec la main droite uniquement (et on fait sa toilette intime avec la gauche)
  • Refuser une invitation peut-être vexant pour votre hôte
  • Prendre le temps est fondamental au Maroc, au risque de passer à côté de l’essentiel, Laurent nous le rappelle d’ailleurs dans son superbe article sur les gorges du Dadès
  • Critiquer le roi est généralement très mal vu, et de façon générale la politique est un sujet à éviter
  • Sachez que tout marocain doit effectuer une déclaration au commissariat lorsqu’il héberge un étranger
  • N’hésitez pas à lire mon article voyager seul(e) en Afrique pour plus de conseils
  • Enfin, je le redis encore et toujours, l’auto-stop est l’un des meilleurs moyens pour plonger au cœur de la société et rencontrer les habitants, que ce soit au Maroc ou ailleurs (à lire également : ma philosophie d’auto-stoppeuse et le danger de l’auto-stop.

Pour ceux qui veulent aller plus loin, vous pouvez regarder mes photos du Maroc, ou découvrir l’hospitalité chinoise, méconnue, et pourtant… Et vous, avez-vous des souvenirs ou des anecdotes à ce sujet ?

24 thoughts on “Hospitalité marocaine : la fin d’un mythe ?”

  1. Aaaah voilà … le titre de ton article fait un peu peur mais au final, c’est que du bonheur !
    Tellement fière de mon pays 🙂 Contente que tu en gardes un bon souvenir.

  2. Bah voilà! Je me disais bien qu’il y avait un petit problème lors de mon voyage au Maroc. Je suis allée à Marrakech et je n’ai pas sentie cette hospitalité. Pour moi l’approche des gens était fausse. En dehors des lieux touristiques c’est autre chose. La prochaine fois je me faufilerais hors des sentiers pour voir les vrais marocains! Merci pour ton article!

    1. Bonjour Johanna, je te souhaite effectivement de sortir des sentiers battus (notamment de Marrakech!), les marocains sont pour la grande majorité des gens exceptionnels, et c’est un pays que j’aimerais beaucoup revisiter un jour… Bon vent à toi 🙂

  3. A lire ton article et les commentaires, j’ai eu les larmes aux yeux…Cela m’a rendu fière d’être marocaine. Mon pays est beau et ses gens aussi. On aime tout le monde et on le prouve! Vous êtes tous les bienvenus, les portes du Maroc vous sont ouvertes et leurs coeurs aussi! Merci pour ce bel article et trés bonne continuation pour tes prochains voyages.

    1. Salut Wafa! Merci pour tes gentils mots 🙂 Tu résumes parfaitement mon ressenti sur le Maroc : ton pays et beau et ses gens aussi, quoi dire de plus? Ton commentaire est à l’image de la générosité que j’ai eu la chance de recevoir là-bas, l’étranger est le bienvenu et est accueilli comme un roi. Maintenant, je ne souhaite qu’une chose, c’est que ces valeurs d’hospitalité et de partage traversent la Méditerranée : nous avons en France de grandes leçons de vie à apprendre sur le sujet. Vive le Maroc, et vive les marocains! 🙂

  4. Le titre de ton article m’a un peu inquiété : l’hospitalité des marocains ne serait plus ce qu’elle était ?
    Sa lecture m’a rassuré.
    15 ans de MAROC en trois séjours longs à différentes périodes ma vie (le dernier remonte à 10 ans) m’ont toujours permis de goûter les plaisirs de cette légendaire hospitalité et d’avoir honte de ne pas savoir rendre la pareille dans notre culture beaucoup plus individualiste et infiniment moins solidaire.
    Une petite remarque sur l’auto-stop : on peut aussi le pratiquer à l’envers lorsqu’on voyage avec son propre véhicule : prendre un autostoppeur au bord de la route ou de la piste est souvent l’occasion d’une belle rencontre qui peut se prolonger par une invitation …
    Merci à nos amis marocains pour ce qu’ils savent être.
    Et merci à toi pour cet article qui leur rend hommage.

    1. Bonjour Alain,

      Merci pour ton message. Comme tu le fais comprendre à juste titre, il est vrai qu’au Maroc nous recevons une grande leçon de vie sur l’accueil et l’hospitalité. Nous avons toujours beaucoup à apprendre à ce sujet… Concernant l’autostop, je n’ai pas eu l’occasion d’avoir un véhicule sur place, mais j’étais cette année dans les Balkans et tu te doutes bien que j’ai récupérer tous les pouceux qui se trouvaient sur ma route! Et effectivement, que l’on soit chauffeur ou passager, le stop c’est toujours l’occasion de faire de belles rencontres. Bonne continuation, et au plaisir d’échanger plus longuement avec toi sur ce pays qui regorge de surprises…

    1. Coucou Aline! Merci pour ton petit message. Haha j’imagine que tu n’as vraiment pas besoin de moi pour rajouter des destinations à ta liste hein… Mais si ce récit t’a inspirée, tant mieux! Bonne route au Japon, profite bien 🙂

  5. J’ai moi même fait un séjour sac à dos au Maroc il y a 10 ans et j’ai adoré les rencontres que j’ai pu y faire. Je me suis même parfois sentie honteuse de tant de générosité de leur part face à mes inquiétudes d’européenne… Ils sont bons et ouverts avec l’envie de partager avec l’autre… Ce sont les marocains qui m’ont fait découvrir le goût des voyages!!!!

  6. Super article que je découvre tout juste !

    Les marocains sont pour moi les plus chaleureux du Maghreb : ils ont vraiment ça dans le sang, c’est ancrée dans leur culture. Cela se ressent même dans leurs plats, toujours bien garnis, sublimement présentés mais aussi leur sourire franc et rassurant. Un beau peuple.

    Les algériens sont aussi accueillants mais à leur manière 😉

    1. Coucou! Je confirme, même les plats marocains sont à la hauteur du mythe! Pour le reste, je ne connais pas les autres pays du Maghreb, mais qui sait, un jour peut-être? Ce qui est certain c’est que j’ai bien envie de retourner un de ces quatre au Maroc… 🙂

  7. Je prends tardivement connaissance de ton plaidoyer pour le Maroc … bravo !
    Bien que tu sois revenue parmi nous (merci pour ta surprise hier soir) je t’adresse
    mon habituel coucou pour que tu ne sois pas trop dépaysée ……….

    1. Salut Valérie!

      Marrakech, c’est un peu l’anti-Maroc, et c’est vrai que dans cette ville (aussi belle soit-elle) le business a pris le pas sur la rencontre. Heureusement, le Maroc est grand, et nombreux sont les lieux qui regorgent d’hommes et de femmes qui ouvrent leur porte à l’étranger comme s’ils accueillaient leur fils. Un beau pays donc 😉

  8. Superbe expérience que tu racontes là… A vrai dire, le titre de ton article m’avait fait peur, je me suis dit « oh non elle a été mal reçue ! », mais je vois que l’hospitalité marocaine n’est pas une légende et a toujours cours 😉

  9. Salut
    En effet l’hospitalité Marocaine est toujours présente cependant je nuancerais juste tes propos sur le stop: tu es une fille 🙂
    le stop n’a pas été facile pour une homme seul!

    baptiste

    1. Salut! Je veux bien te croire, et c’est le cas partout ailleurs, le stop pour une fille c’est toujours plus facile que pour un homme! Un avantage qui remet un peu la balance à zéro? 😉 Bonne route à toi!

  10. Je suis d’accord avec toi! Les marocains sont d’une générosité sans limite. Et non seulement l’accueil, mais aussi la tolerence et l’ouverture d’esprit sans jamais porter de jugement! A t’elle point que j’ai été très décu par Marrakech ou l’on ne retrouve pas du tout cette bienveillance…

    1. Je ne peux que confirmer tes propos! J’avais été à Marrakech il y a quelques années, et pour être honnête j’ai eu l’impression d’être plongée dans une sorte de disneyland marocain. Je n’y suis donc pas retournée cette fois. Mais je me suis rendue dans d’autres lieux touristiques et en arrivant en stop et en me promenant dans les quartiers excentrés je n’ai pas rencontré trop d’attrappe-touristes. Un pays à découvrir dans ses moindres recoins, sans aucun doute! 🙂

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