Récit du camino portugais, de Lisbonne à Santiago

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Voici un article qu’il me tardait d’écrire : mon récit du chemin de Compostelle portugais (la via Lusitana), de Lisbonne à Santiago en passant Coimbra et Porto, puis par la côte. Il s’agissait là de mon second camino (l’an dernier j’avais marché le long de la voie de Vézelay et du camino Frances) et pour tout vous dire, j’avais un peu peur que ce nouveau chemin ne soit pas à la hauteur du précédent, qui fut pour moi une véritable révélation. En effet, depuis ma première expérience de longue marche, tous les voyages qui suivirent m’ont laissée sur ma faim. Sans doute n’avait-ils pas ce parfum de sueur, d’onguent au camphre et de bocadillos.

Nouveau départ donc, et j’attends beaucoup de ce chemin portugais. Bien sûr, je me suis interdit toute comparaison, mais vous savez ce qu’il se passe lorsque l’on s’empêche de penser à quelque chose ? Pourtant, fort heureusement, cette seconde aventure à pied fut parsemée de belles rencontres, de surprises inespérées et de moments magiques, un sans faute…

Le camino portugais de Lisbonne à Coimbra :

Quittant Lisbonne, renouant avec le camino et sa lenteur, je m’attends à être seule et pour un bout de temps ! C’est donc quelque peu étonnée qu’après seulement quelques heures de marche, un type se présente à moi, au détour d’un sentier. Un américain, de Chicago. La vérité, c’est que très vite, on ne sait pas trop quoi se raconter… Nos vies sont aux antipodes l’une de l’autre, mais nous décidons sourdement de nous donner mutuellement une chance, et nous nous emboîtons le pas. C’est à ses côtés que j’arriverai plus tard à Santiago, puis à Fisterra et Muxía. Jim m’aura appris que le camino, c’est un peu comme la famille : on ne choisit pas forcément qui nous accompagne, mais on peut décider de faire avec, et pour le meilleur, seulement pour le meilleur.

Deuxième jour de marche et nous rencontrons, affalées sur le bas-coté d’une route nationale, deux jeunes italiennes qui font une pause dans l’endroit le moins bucolique du monde : ces deux-là nous plaisent bien et de fil en aiguille, c’est également ensemble que nous foulerons le parvis de la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle, quelques semaines plus tard. En somme, faire le camino, c’est partir vivre une aventure extraordinaire avec des compagnons de route que l’on ne connait pas encore.

Alors que je laisse aujourd’hui filer ma plume, je remarque qu’en réalité, de Lisbonne à Porto, il ne s’est rien passé de marquant, et il ne me vient à l’esprit aucune histoire abracadabrante à vous raconter. Le camino est un chemin où il ne se passe pas grand chose dans la journée, et qui pourtant habille nos pensées de mille souvenirs indélébiles : des pique-niques partagés à l’ombre d’un olivier, des pansements échangés suite à une longue étape, ou d’interminables discussions pour tuer ce temps infini dont nous croyons encore disposer. Mais plus que tout, ce sont nos francs éclats de rire, après que la fatigue ait subtilisé tout discernement, qui resteront gravés dans mon cœur : nous terminons chaque marche par une ultime épreuve quotidienne, celle du café du coin, où nous nous tordons les côtes plus d’une fois. N’oublions pas que le pèlerin d’aujourd’hui n’est plus celui d’antan, et j’en connais une poignée qui, le soir venu, vendraient bien leur âme contre une cerveza bien fraîche. Nous effectuons un voyage spirituel. Hic !

Le chemin portugais de Coimbra à Porto :

La tournée des bars débute cependant bien plus tôt, car dès leur ouverture, nous nous ruons aux différents comptoirs pour y engloutir plusieurs petit-déjeuners par jour. Bien que nous ne buvions pas d’alcool de façon si matinale, nous notons tout de même quelque ressemblance avec une autre espèce à deux pattes, adepte des bistrots : celle des gens bourrés. Et comme eux, heure après heure, il nous est de plus en plus difficile de nous rendre d’un bar à un autre. D’ailleurs, tous ceux qui, effarés, nous voient ainsi déambuler en boitant, n’entreprendront certainement jamais de faire le camino…

Après une semaine de marche, nos corps s’habituent toutefois à l’effort et nous sommes désormais en mesure d’abattre facilement une trentaine de kilomètres par jour. Certes, je n’aurais jamais cru prendre un jour davantage soin de mes pieds que de mon visage, mais j’avais sûrement oublié que le chemin de Compostelle est un voyage pour fétichistes.

Ce qui est agréable, c’est de perdre peu à peu toute notion du temps : nous ne savons jamais quelle heure il est ou quel jour de la semaine nous sommes, et c’est très bien ainsi. Nous renouons avec un rythme plus humain, un rythme qui nous pousse à nous questionner. Boire, manger, dormir, et papoter sans superflu : et si c’était ça, le bonheur ?

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Étape importante du chemin portugais : l’arrivée à Porto !

Le chemin portugais par la côte :

Les vieux sages du camino aiment penser qu’on recroisera la route d’un pèlerin si le chemin le décide, et uniquement si le chemin le décide. Ce qu’ils omettent souvent de dire, c’est qu’on ne peut forcer le destin mais on peut tout de même lui donner un petit coup de pouce. Ainsi, ma joyeuse bande de pèlerins choisit d’emprunter le chemin côtier portugais, et je les talonne de près, abandonnant l’idée de marcher le long du camino central. Pour autant, laissant Porto derrière moi, je crapahute seule durant quelques jours : une poignée de villages me sépare de mes compagnons. Croyez-moi, sans bonne compagnie, les heures paraissent bien plus longues.

Je profite tout de même de ce moment de solitude pour me retrouver intérieurement : les grands espaces libèrent la pensée, paraît-il. Pour autant, plus les kilomètres défilent, plus les jours me semblent courts. Si le chemin de Compostelle est un voyage lent, il file cependant à une vitesse folle et me voici déjà aux portes de la Galice, en Espagne. J’y retrouve avec émotion ma fine équipe, clopin-clopant, et je suis à cet instant absolument convaincue que même le plus solitaire des pèlerins ne fera pas seul son chemin : sans l’autre, on n’est plus grand chose sur le camino. Autour de nous, comme pour ajouter quelque alchimie au tableau, de petites mamies nous guettent à leurs fenêtres pour nous lancer au vent un buen camino !

Nous approchons de Santiago à grands pas, et je ne saurais dire si cela me rend heureuse ou triste. Le chemin se transforme peu à peu en autoroute à pèlerins, où les tourigrinos s’entassent, cahin-caha. Nous allons devoir composer avec, même si honnêtement, nous redoutons le week-end du quinze août, date qui coïncidera avec notre arrivée à Compostelle. Alors, c’est dans ces moments-là qu’il faut plus que jamais faire preuve de philosophie : ne rien attendre de spécial de la part du chemin, et seulement prendre ce qu’il y a à prendre.

The camino takes, the camino provides.

Maria C.

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La beauté des paysages du chemin côtier portugais…

La fin du chemin de Compostelle :

Arrive la journée inévitable, celle où soudainement se dresse face à nous la silhouette si singulière de la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle. Main dans la main, Jim, Maria, Paola, Nico, Mena, Pia et moi nous engouffrons sous l’arche qui mène à la Plaza Obradoiro, accompagnés du puissant son d’une cornemuse. Comme nous, des centaines de pèlerins terminent ici leur voyage, levant des yeux encore tout pleins d’étoiles vers cette cathédrale tant attendue. Tous sont éreintés, fourbus, et heureux.

J’adresse à cet instant un regard aimant à mes amis qui je le sais, ne vont pas tarder à retrouver leurs vies respectives, bien loin d’ici, bien loin de moi. Et je réalise que c’est au milieu de ces corps couverts de sueur et de poussière que j’ai croisé certaines des plus belles personnes au monde, qui m’ont offert d’inestimables moments. En somme, nous avons marché seuls, mais tous ensemble. Un peu plus tard, après avoir visité Compostelle comme il se doit, nous entrons dans la cathédrale : qu’on soit religieux ou non, le camino nous appelle à pénétrer au sein de ses sanctuaires.

Mon aventure sur le chemin portugais se termine ici, mais j’en encore envie d’en débattre avec les kilomètres : après quelques jours de repos, je repartirai vers Fisterra et Muxia mais ça, c’est une autre histoire…

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La cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle

Infos chemin de Compostelle portugais :

Si vous comptez prochainement marcher sur le camino portugais (la via Lusitana), que ce soit par le chemin côtier ou non, voici quelques informations complémentaires qui vont seront sûrement utiles.

  • Hébergement : Je n’ai pas eu de difficulté pour trouver où dormir dans les différents dortoirs, sur le chemin portugais. Les prix d’un lit allaient généralement de 5€ à 15€, et j’ai aussi trouvé quelques donativos. Il faut tout de même faire régulièrement attention aux punaises de lit.
  • Itinéraire et balisage : Le chemin portugais est extrêmement bien balisé, et ce depuis Lisbonne. Il est donc difficile de se perdre. En ce qui concerne l’itinéraire, il existe plusieurs variantes, j’ai pour ma part emprunté le chemin côtier après Porto, mais vous pouvez aussi marcher via Barcelos, Ponte de Lima, Rubiães, Tui et O Porriño. Les deux caminos (par la côte et central) se rejoignent juste après, à Redondela. Ensuite, vous avez le choix d’aller directement à Santiago, ou de prendre le chemin spirituel qui longe à nouveau l’océan.
  • Inspiration : J’ai dressé pour vous une liste des meilleurs livres sur le chemin de Compostelle, que je vous invite à découvrir à votre tour pour vous plonger dans l’univers du camino de Santiago.
  • Routes ou sentiers : Le chemin portugais est réputé pour avoir de nombreuses portions de routes. Personnellement, cela ne m’a pas choquée plus que ça. Bien sûr c’est un avis très subjectif, car j’ai eu certains retours de pèlerins se plaignant de devoir trop marcher le long des routes sur cet itinéraire. De mémoire, quitter Lisbonne fut pénible, tout comme arriver à Porto. Pour le reste, on trouve tout de même plutôt des sentiers.
  • Spécial filles : J’ai écrit un article qui questionne le fait d’être une femme seule sur le chemin de Compostelle et les dangers, pour celles que cela intéresse.
  • Budget : Contrairement à ce que je pensais, le chemin portugais n’est pas si abordable. Comptez minimum 20€ par jour pour manger et dormir en dortoir, et facilement le double si vous voulez en profiter en peu (cafés, restaurants…).
  • Matériel : J’ai rédigé deux articles pour préparer votre équipement à mettre dans votre sac à dos pour Compostelle et choisir vos chaussures de marche. J’espère que cela pourra vous aider !
  • Guides de voyage : Il existe différents guides sur le chemin de Compostelle portugais, qui vous aideront à savoir où dormir, quelles sont les distances entre les étapes, où se restaurer en route… Malheureusement, le guide Miam Miam Dodo n’existe pas encore (mon préféré sur le chemin). Il faut donc se rabattre sur le guide Gérard du camino (si vous choisissez le camino central), sinon ce guide est très bien fait, mon ami Jim l’a utilisé tout au long du chemin portugais (camino central et par la côte, mais il est en anglais).

J’espère que mon récit du chemin de Compostelle portugais vous aura donné envie de parcourir à votre tour la via Lusitana, en tout cas, ces ampoules et cette sueur sont tout le bien que je puisse vous souhaiter ! Par ailleurs, si le chemin de Compostelle portugais est un itinéraire que vous connaissez déjà, et que vous souhaitez partager votre expérience avec moi, je serais heureuse de lire vos commentaires. Et si vous avez des questions, il en va de même, laissez-moi un petit message ci-dessous…

Enfin, pour aller plus loin, je vous laisse retrouver mon dossier complet sur le chemin de Compostelle, ainsi que le meilleur de mon blog voyage !


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4 thoughts on “Récit du camino portugais, de Lisbonne à Santiago”

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